Une vie de chien 3 : Prométhée
Je n’ai rien écrit sur Chemins Libres depuis le mois de juin. Je ne me mets aucune pression pour le faire, mais depuis quelques semaines, le désir d’écrire monte en moi, et j’attends le bon moment. Il semble être arrivé.
Il s’est passé beaucoup de choses ces derniers mois mais je ne vais pas tout vous raconter : déménagement en Normandie, changement de paroisse, changement de lieu de vie, sans compter les rencontres et les problèmes particuliers, bref, en un mot : la vie, quoi. Sur internet on a tendance à tout lisser, mais la vie (la mienne, en tout cas!) n’est pas particulièrement lisse.
Ce dont j’ai à cœur de vous parler, c’est de l’arrivée d’un nouvel être dans notre vie, à Léa et moi. Je vous ai déjà parlé de Sky, de Willy (une ici, et une ici), mais il était grand temps de mettre tout ceci à jour. Parce que nous avons fait une rencontre importante.

Une histoire qui a du chien
Prométhée est une chienne husky qui a 7 ans, et qui est passée par la SPDA de Serazereux (Eure et Loir). Elle vivait auparavant avec sa sœur dans un foyer aimant, mais suite à un drame familial, quelque chose de très, très douloureux, les deux chiennes ont été mises au refuge. L’une d’elles a été adoptée très rapidement, mais Prométhée, elle, est restée – il faut dire que Prométhée est aveugle depuis 3 ans, et que personne ne veut adopter de chien handicapé. Bon, les vieux et les moches non plus, personne n’en veut. On ne veut que des chiens parfaits – si tant est que la perfection se résume à la beauté et à la tranquillité d’une table de salon : ne bouge pas, ne fais pas de bruit, et fais exactement ce que je te dis de faire.
Un couple adorable a eu un coup de cœur pour Prométhée : celle-ci a été accueillie dans une maison, dans le but de l’adopter. Hélas, les deux chiens de cette famille d’accueil n’ont pas accepté Prométhée. C’est le jeu des relations, ça, on n’y peut pas grand-chose. Mais cette famille a tout de même gardé Prométhée chez elle, plutôt que de la ramener au chenil : elle vivait dans le jardin et l’accès à la maison lui était interdit, mais c’était mieux que dans une cage.

Une conversion
Quand Willy est mort, nous avons compris que c’est très lourd pour nous d’avoir deux chiens. Notre santé et l’énergie dont nous disposons ne nous permet pas d’assumer de nous occuper comme il faut de nos pensionnaires : Sky est bien suffisante. Il n’était donc pas du tout question pour nous d’adopter un nouvel être tant que Sky est en vie. Après tout, il faut bien connaître ses limites, et les respecter. Oui, c’est vrai, mais…
Nous avons été touchés par la situation de Prométhée, et nous avons très vite eu la conviction que nous devions essayer de l’adopter. Si ça ne marchait pas, ce n’était pas grave : pour nous, il n’y avait aucun enjeu.
En plus, il y avait pas mal de freins à l’adoption : il fallait d’abord qu’elle s’entende bien avec Sky (et ça, déjà, ce n’était pas gagné!) ; il fallait que Prométhée s’entende bien avec nous, et nous avec elle ; il fallait que mes allergies supportent ses poils (un jour, peut-être, j’écrirai un article entier sur les poils de Prométhée…) ; comme notre déménagement avait lieu dans deux mois, il fallait trouver une solution pour ne pas lui faire subir deux changements de lieux de vie à la suite (son bien-être compte autant que le nôtre)… et tous ces freins ont été levés rapidement. La famille d’accueil a d’ailleurs accepté de garder Prométhée jusqu’à notre déménagement.
Ainsi, le 1er juillet nous sommes arrivés avec nos cartons à Luneray, Seine-Maritime, et le 3 juillet nous y avons installé Prométhée. Elle est avec nous depuis ce temps. L’adoption a été rendue officielle fin juillet. Et c’est Prométhée tout entière que nous avons adoptée. Avec ses poils.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Prom’
Prométhée est une chienne d’une grande douceur. Elle n’est pas spécialement câline, même si elle accepte les caresses avec joie. Très indépendante, elle préfère bien souvent vivre dehors que dedans, même quand il pleut. Ceci dit, quand il fait trop chaud (ça arrive, même en Normandie!) ou quand il pleut trop (ça arrive aussi…), elle apprécie pouvoir s’abriter quand elle veut. Elle perd énormément de poils (je l’ai déjà écrit?) même en dehors de la période de mue, et elle a un caractère bien trempé.
Mais surtout, ce qui me semble très impressionnant, c’est sa capacité à s’adapter. Elle ne voit absolument rien. Aveugle de chez aveugle. Mais deux choses me semblent extraordinaires. D’une part, bien sûr, c’est qu’elle parvienne à se repérer dans l’espace sans trop se cogner. Elle a développé une sensibilité accrue aux odeurs, aux sons, mais aussi à ses sens kinesthésiques. Elle « sent » le souffle du vent, qui lui indique quand il y a un obstacle, par exemple. Mais d’autre part c’est qu’elle ne prend pas son temps pour se déplacer, comme nous le ferions, nous, si nous étions aveugle : elle se déplace en courant ! Prométhée, il faut qu’elle aille vite, et tant pis s’il lui arrive de se cogner… Elle a l’assurance de ceux qui ne veulent pas admettre que ses yeux sont indispensables pour se diriger.
Les photos qui illustrent ce petit mot l’attestent : Prométhée aime prendre des positions invraisemblables ! C’est toujours une invitation aux câlins…
Prométhée est un grand sujet de plaisanterie, pour moi. D’habitude, des chiens sont utilisés pour guider les aveugles. Nous, nous sommes guides de chien aveugle. C’est pas banal. J’espère que nous ne sommes pas des aveugles qui guident des aveugles… Ce serait original (et dommage), pour un pasteur, quand-même !

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