Picture disc de la chanson "Paroles, paroles", de Dalida

Une parole inutile

18 décembre 2022Lionel Thébaud

Si la foi ne se traduit pas par des actes concrets, les chrétiens deviennent les témoins d’une parole inutile.

Je me penche aujourd’hui sur les 5 premiers versets de Esaïe 40 (ce texte est à lire avec Marc 1, versets 1 à 5).

C’est un texte qui est plein d’impératifs. Les ordres (ou les injonctions) données sont des verbes actifs, en voici la liste : réconfortez (ou consolez) mon peuple, parlez au cœur de Jérusalem, criez, ouvrez le chemin au Seigneur, frayez une route pour votre Dieu. Puis des impératifs indirects, comme : que les vallées soient relevées, que les montagnes et les collines soient abaissées, que les reliefs soient changés en plaines et les hauteurs en larges vallées.

Nous n’avons pas affaire là à une promesse, mais à un ordre. On ne nous demande pas d’attendre que ça se réalise, mais on nous demande de nous retrousser les manches et de plonger les mains dans le cambouis. Dieu nous demande de nous engager.

Allez hop ! Au boulot !

Une parole qui anesthésie…

J’ai parfois l’impression que nous sommes un peu anesthésiés.

Nous avons tellement l’habitude de venir au culte, nous entendons tellement de choses, la bible est devenue tellement banale que nous en sommes venus à prendre du plaisir à entendre.

Des fois nous disons « non, je ne suis pas d’accord », mais quand nous sommes d’accord – c’est à dire quand la personne qui prêche ne dit pas des choses qui bousculent de trop – nous ressortons en nous disant « han qu’est-ce que ça m’a fait du bien ».

Parfois même, pendant la semaine, nous y repensons et nous nous disons « qu’est-ce que c’était bien ».

Et la fois d’après, rebelote. Et après ? Re-rebelote. Et qu’est-ce qui change dans votre vie ? Rien.

Ou alors juste un peu de surface.

Comme si l’écoute de la prédication n’avait pour objectif que de vous rassurer et de vous installer dans une espèce de coton spirituel, coton dans lequel vous seriez à l’abri de tout ce qui pourrait vous mettre en mouvement.

… et qui devient inutile

Quand vous êtes restés trop longtemps dans la même position, qu’est-ce qui se passe ? Vous commencez à être mal à l’aise. Parfois même, vous avez des douleurs. Alors vous bougez.

La parole de Dieu doit nous faire ça, et si elle ne le fait pas, c’est qu’elle a manqué son but.

Cette douleur, ce n’est pas de la culpabilité : c’est un inconfort. Et l’inconfort, c’est très important. Parce que le confort, c’est le début du conformisme.

Quand on fait semblant d’être comme tout le monde, on ne prend pas le risque de vivre ; quand on refuse de résister aux injustices, ou quand on laisse faire les injustices (ce qui revient au même), on ne prend pas le risque de vivre ; quand on attend que les autres fassent notre boulot, on ne prend pas le risque de vivre.

On est là, on se dit : « ah ce serait bien qu’on fasse ceci ou cela. Ce serait bien que quelqu’un enlève cette vieille affiche qui fait la promotion d’un événement qui a eu lieu il y a 1 mois. Il faudrait qu’il y ait plus de jeunes. J’aimerais que la paroisse organise un voyage. »

Et on croit qu’en formulant ces choses, elles vont trouver des oreilles attentives et bien intentionnées qui vont les mettre en œuvre à notre place.

Le drame, c’est que souvent ces oreilles-là existent, et elles s’épuisent et se dégoûtent du service parce qu’elles sont les seules à porter le fardeau que vous leur imposez.

Mais franchement, si la paroisse est une voiture et qu’elle a un pneu crevé, n’attendez pas que quelqu’un s’en occupe : essayez de réparer ça vous-même. Et n’hésitez pas à mobiliser du monde pour le faire avec vous !

C’est comme ça que ça marche, dans la vraie vie.

Une parole autorégulatrice ?

En fait, nous sommes très fortement imprégnés de l’idéologie ultra libérale qui circule dans notre société.

Ne soyez pas choqués de ce que j’écris, vous avez juste à regarder autour de vous, dans votre vie. Nous sommes dans une société d’ultra-consommation – et nous ultra-consommons du spirituel comme si c’était un bien comme un autre.

Nous rentrons chez nous le dimanche midi comme si nous revenions du Mc Do, et je ne suis pas toujours certain que votre sens gustatif vous fasse sentir la différence entre un bon repas spirituel et de la malbouffe spirituelle.

On croit souvent qu’on a mal mangé quand nous sommes en désaccord avec ce qui nous est dit, mais c’est une erreur. On peut très bien adorer la malbouffe, ce n’est pas pour autant qu’on s’est convenablement nourri. Il faut que le repas ait des qualités nutritives.

A quoi servent les aliments que nous absorbons ? Ils se transforment pour partie en énergie. Il y a toujours des déchets hein, c’est normal, ne vous inquiétez pas dans ce que je vous écris il y a des choses à jeter.

Mais l’important c’est que ça produise de l’énergie.

Et l’énergie, c’est pour quoi faire ? D’une part, c’est pour réparer le corps quand il en a besoin. Le soin, l’apaisement, la restauration, c’est très important.

D’autre part, l’énergie, c’est pour entrer en action. Nos muscles et notre cerveau (et tous nos organes en fait) ont besoin d’énergie pour bien fonctionner.

Une parole qui engage

La nourriture spirituelle est destinée à vous pousser à l’action.

Notre société est persuadée qu’une petite parole proclamée suffit à ce que les choses s’autorégulent. C’est magique.

En politique, on proclame un truc, comme : « il y a un vrai problème avec l’hôpital, j’en ai pris conscience pendant cette crise du COVID, nous allons y remédier », mais on ne fait rien, pensant que l’avoir dit est suffisant.

Dans les Églises, on proclame un truc, comme : « Seigneur, viens en aide aux pauvres de la terre », mais on ne fait rien, pensant que l’avoir prié est suffisant.

Cet esprit ultra-libéral, qui croit que dire suffit à ce que tout s’autorégule, a envahi notre imaginaire spirituel. Et je suis désolé d’abîmer le coton dans lequel nous sommes installés (je dis nous, parce que je ne suis pas différent de vous), mais le texte biblique nous dit exactement le contraire.

Le texte nous dit : consolez, parlez, ouvrez, frayez, relevez, abaissez, changez ! Que des verbes d’action ! Pas de parole sans acte !

Aucune passivité, aucune attente que les choses se réalisent, mais bien plutôt « allez-y, au boulot ».

Dans notre texte, c’est ça qui fait venir Dieu.

Parce que c’est une fois que nous aurons déblayé le terrain que « la gloire du Seigneur va être dévoilée, et tout le monde verra que la bouche du Seigneur a parlé ».

Tant que nous ne faisons rien, personne ne verra.

Voilà.

C’est terrible, mais c’est comme ça.

Refusons la parole inutile

Et Jean le baptiseur, il dit quoi, lui ?

Exactement la même chose.

« Changez de vie, faites-vous baptiser et Dieu pardonnera vos péchés ». Il y a une promesse, mais il y a un travail à faire, et personne ne le fera à votre place.

C’est vrai pour ce qui concerne votre vie spirituelle (n’attendez pas que quelqu’un vous lise la bible, par exemple).

Vrai aussi pour ce qui concerne la vie de paroisse (n’attendez pas que quelqu’un mette en place une activité particulière, par exemple).

C’est enfin vrai pour ce qui concerne la vie sociale (n’attendez pas que quelqu’un vote une loi pour protéger les plus faibles, par exemple).

En fait c’est vrai pour tout : il faut se sortir les doigts du sac à main.

Une parole pour l’Avent

Et si Jésus est né, ce n’est pas pour qu’on s’émerveille du confort incroyable de cette crèche devenue aseptisée.

S’il est né, ce n’est pas pour qu’on se rassure en se disant que ça y est, tout est accompli, donc je n’ai plus rien à faire.

Si Jésus est né, c’est précisément pour que, nous sachant aimé·e·s de Dieu et pardonné·e·s, nous entrions dans les œuvres qu’il a préparées d’avance pour que nous les accomplissions.

Dans la lettre de Paul aux Éphésiens, chapitre 2, verset 10, nous pouvons lire : « Nous sommes l’œuvre de Dieu ; il nous a créés, unis avec Jésus Christ, pour que nous menions une vie riche en actions pleines de bonté, celles qu’il a préparées d’avance afin que nous les pratiquions. »

En ce quatrième et dernier dimanche de l’Avent, je vous invite à réfléchir à la parole de Dieu et à ses effets, et à répondre à l’engagement que Dieu vous demande.

C’est une mission qu’il vous donne. Il y a un ordre de mission.

Il ne vous appelle pas à vous endormir sur de belles paroles qui sont agréables à entendre, mais il vous demande d’entrer dans la réalisation concrète des œuvres de son royaume.


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