Lettre lue à D. au moment de son baptême : le fleuve d’amour de Dieu

6 juillet 2021Lionel Thébaud

Ce qui suit est le texte du message donné lors de la célébration du baptême de D., âgée de presque deux ans.



L’homme me ramena à l’entrée du temple.
Je vis alors que de l’eau jaillissait de dessous l’entrée vers l’est ;
la façade du temple était en effet orientée à l’est.
L’eau s’écoulait du côté sud du temple, puis passait au sud de l’autel.
L’homme me fit sortir du temple par le porche nord
et m’en fit contourner l’extérieur jusqu’au porche oriental.
L’eau s’écoulait au sud de ce porche.
Il s’avança vers l’est ;
il tenait un cordeau à la main avec lequel il compta 1 000 mesures dans cette direction.
Il me fit traverser l’eau : elle m’arrivait aux chevilles.
Il compta encore 1 000 mesures et me fit traverser l’eau :
elle m’arrivait aux genoux.
Au bout des 1 000 mesures suivantes,
il me fit de nouveau traverser l’eau :
cette fois-ci, elle m’arrivait à la taille.
Il compta encore 1 000 mesures, mais je ne pouvais plus traverser,
car l’eau était si profonde qu’il fallait nager.
C’était devenu un torrent infranchissable.
Il me dit :
« As-tu bien regardé, toi, fils d’Adam ? »
Il m’emmena un moment à l’écart puis me ramena au bord du torrent.
Je constatai alors qu’il y avait de très nombreux arbres sur chaque rive.
L’homme me dit :
« Ce torrent se dirige vers l’est du pays,
il descend la vallée du Jourdain et débouche dans la mer Morte.
Lorsqu’il parvient à la mer, il en renouvelle l’eau, qui devient saine.
Des êtres de toute espèce se mettront à grouiller et les poissons se multiplieront partout où le torrent arrivera.
Il assainira la mer et, là où il se déversera, il apportera avec lui la vie.
(…)Sur chaque rive du torrent, des arbres fruitiers de toutes sortes pousseront.
Leur feuillage ne se flétrira jamais et ils produiront sans cesse des fruits.
Ils donneront chaque mois une nouvelle récolte,
car ils sont arrosés par l’eau provenant du sanctuaire.
Leurs fruits serviront de nourriture et leurs feuilles de remède. »

Ezéchiel 47.1-9, 12.



Des gens amenaient des enfants à Jésus pour qu’il les touche,
mais les disciples leur firent des reproches.
Quand Jésus vit cela, il s’indigna et dit à ses disciples :
« Laissez les enfants venir à moi ! Ne les en empêchez pas,
car le règne de Dieu appartient à ceux qui leur ressemblent.
Je vous le déclare, c’est la vérité :
celui qui ne reçoit pas le règne de Dieu comme un enfant ne pourra pas y entrer. »
Ensuite,
il prit les enfants dans ses bras
et il les bénit en posant les mains sur eux.

Marc 10.13-16.


Les textes que nous avons lus ont été choisis par E. et S., les parents de D. Comme vous le savez sans doute, E. est catholique, S. est protestant, et D. est le fruit de cette union œcuménique.

Le premier texte nous parle de cette vision : un grand fleuve qui passe sous le temple de Dieu et qui est infranchissable tellement il est large et profond. Ça me rappelle un vieux cantique que je n’ai pas entendu depuis longtemps. Ça faisait :
Il est un fleuve coulant du cœur de Dieu
C’est le grand fleuve d’un amour merveilleux.
Je vais y boire, son amour me remplit
Et sa victoire m’anime de l’Esprit.



(Ci-dessous, une vidéo qui non seulement vous permet d’avoir l’air de ce chant en tête, mais qui en plus vous permet de l’interpréter à la guitare…)


Le fleuve d’amour de Dieu. De chaque côté de ce fleuve, des arbres qui puisent leur énergie dans ce fort courant d’eau, que nos bibles traduisent parfois par torrent, parfois par fleuve. Ce courant d’eau, nous le retrouvons quand Jésus dit : « Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vivre jailliront de son cœur ». On le retrouve aussi dans le livre de l’Apocalypse, qui décrit ce fleuve qui jaillit du cœur de la ville et qui arrose des arbres dont les feuilles servent à la guérison de l’humanité.

Le deuxième texte raconte comment Jésus reçoit les enfants, même les tout-petits, et comment il accueille leur foi. Il nous rappelle que nous devons ressembler aux enfants pour pouvoir vivre et reconnaître le royaume de Dieu. Et il bénit les enfants en posant les mains sur eux.

L’amour de Dieu est extraordinaire. Nous avons peut-être l’habitude d’en entendre parler (on nous dit sans cesse que Dieu est amour) mais nous avons du mal à y croire, parce que nous regardons l’état de notre monde et nous nous disons : « mais enfin, si Dieu existait, ou si Dieu était amour, il ne laisserait pas faire ces choses ». Ça, c’est parce qu’on croit que Dieu est un manipulateur qui se servirait de nous comme des marionnettes.

Mais l’amour de Dieu pour moi, c’est à la fois un accueil inconditionnel de qui vous êtes, même si vous ne parvenez pas à vous pardonner votre passé, et c’est aussi un accompagnement pour changer nos cœurs au fil de la vie. Ce travail n’est jamais achevé, mais je crois fermement que Dieu nous accompagne et nous guérit patiemment de nos blessures. C’est un chemin de libération de ce qui nous enferme et nous bloque, c’est un chemin de guérison de nos peurs. Dieu veut nous soigner et nous guérir. Il n’est pas un grigri ou une potion magique qui nous transformerait en saint du jour au lendemain, il est une présence bienveillante qui prend le temps de nous accompagner jour après jour. Comme un père ou comme une mère accompagne son enfant dans la vie. Quand l’enfant devient adulte, le père ou la mère ne cesse pas – dans une relation normale – d’être là, même si les rapports changent. Même si au bout d’un moment c’est l’enfant qui prend soin de ses parents. Dieu ne cesse pas d’être présent dans nos vies.

C’est ça l’amour dont il est question, cet amour qui est si large et si profond qu’on y perd pied.

Un amour qui, lorsqu’on le remarque, vient toucher nos cœurs et réorienter nos vies.





Ce courant d’eau nous parle aussi, forcément, du baptême.

Dans les premières communautés chrétiennes, le baptême était principalement administré aux personnes qui avaient l’âge de pouvoir choisir de se faire baptiser, comme le signe d’un engagement envers Dieu. Mais très rapidement, ce sont des familles (et sans doute des enfants encore plus jeunes que D.) qui se sont fait baptiser. Le baptême n’était plus seulement le signe de l’engagement personnel, individuel, devant Dieu, mais il est devenu le signe de l’amour inconditionnel de Dieu. Le signe qui dit : « Avant même que tu aies prononcé ta première parole, avant même que tu aies fait ton premier acte, je t’aime. Mon amour pour toi ne dépend pas de ce que tu dis ou de ce que tu fais, je t’aime parce que tu es mon enfant ». Quel beau message !

C’est ce que nous rappelons lorsque nous baptisons : tu es, vous êtes aimé·e·s de Dieu.

Aujourd’hui, D. a la chance de se voir administrer le baptême. Je rappelle que le baptême n’est ni catholique, ni protestant. Le baptême est chrétien, et peu importe l’Église dans lequel il est donné, il est reconnu par les autres Églises. Si un prêtre et un pasteur sont réunis pour donner ce baptême aujourd’hui, ce n’est pas pour que D. reçoive un baptême catholique et protestant. Ça n’aurait aucun sens. Si nous sommes ensemble, c’est pour montrer quelque chose, comme un signe. Les parents de D. ont désiré montrer que notre histoire chrétienne, faite de déchirures, commence son processus de guérison. Que catholiques et protestants se sont laissés toucher par ce courant d’amour de Dieu, et que cet amour soigne nos blessures et nous permet d’œuvrer ensemble. E. et S. ont désiré que D. soit un signe de cet amour qui réunit ce qui a été divisé.

D., ta mémoire ne retiendra sans doute pas mes paroles, mais ton entourage les retiendra sans aucun doute, et je crois que quelque part en toi, ton cœur les retiendra aussi. Quand tu sens qu’autour de toi les gens se déchirent, regarde à l’essentiel. Regarde à ce courant d’amour de Dieu qui jaillit dans ton cœur, regarde à la vie qu’il te donne, cette vie abondante, cette vie vivante et vivifiante, et puise cette eau pour soigner les gens qui se blessent. Et quand tu auras besoin de te ressourcer, souviens-toi que tu as été baptisée et que tu as ta place dans la communauté chrétienne. Que ce soit dans une Église catholique ou bien dans une Église protestante, la communauté chrétienne t’a accueilli. Tu as une place qui t’est réservée et personne ne pourra jamais te la prendre. La communauté chrétienne que nous représentons s’engage à prier pour toi. Et un jour, peut-être, tu auras le désir de confirmer ta foi. Ce jour-là, tu prendras contact avec un prêtre ou avec un pasteur, et tu affirmeras devant la communauté que tu veux cheminer avec Dieu.

Tes parents, avec leur ouverture d’esprit et le cœur qu’ils mettent à essayer de soigner les autres, seront de bons guides. Comme le dit ton oncle : « la définition de quelqu’un d’intéressant, c’est quelqu’un qui s’intéresse aux autres ». Sois quelqu’un d’intéressant. L’amour prend soin de soi, bien sûr, mais l’amour prend soin des autres. L’amour accueille les autres dans leurs différences. L’amour encourage et bénit.

D., nous prions pour que tu soies, simplement, sans te forcer et sans te mettre la pression, un signe de l’amour de Dieu dans ce monde.




Comments (1)

  • Jean-Michel Ulmann

    6 juillet 2021 at 10:09

    Cher Lionel, tes belles paroles me renvoient à celles de François Cheng: « Toute présence sera par une autre révélée ».

    Avec amitiés
    jmu

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