Nos corps dans le culte

7 juillet 2021Lionel Thébaud

Si nous avons été unis à lui par une mort semblable à la sienne,
nous serons également unis à lui par une résurrection semblable à la sienne.
Sachons bien ceci :
l’être humain que nous étions auparavant a été mis à mort avec le Christ sur la croix,
afin que notre solidarité avec le péché soit brisée et que nous ne soyons plus les esclaves du péché.
Car celui qui est mort avec le Christ devient juste et s’éloigne du péché.
Si nous sommes morts avec le Christ,
nous avons confiance que nous vivrons aussi avec lui.
Nous savons en effet que le Christ,
depuis qu’il a été ressuscité d’entre les morts,
ne doit plus mourir :
la mort n’a plus de pouvoir sur lui.
En mourant, il est mort par rapport au péché une fois pour toutes ;
mais maintenant qu’il est vivant,
il vit pour Dieu.
De même, vous aussi,
considérez-vous comme morts au péché
et comme vivants pour Dieu dans l’union avec Jésus Christ.
Le péché ne doit donc plus régner sur votre corps mortel pour vous faire obéir aux désirs de ce corps.
Ne mettez plus vos bras et vos jambes au service du péché comme instruments du mal.
Au contraire, offrez-vous à Dieu,
comme des êtres revenus de la mort à la vie,
et mettez-vous tout entiers à son service comme instruments pour établir ce qui est juste.
En effet, le péché n’exercera plus de pouvoir sur vous,
puisque vous n’êtes pas soumis à la Loi mais à la grâce de Dieu.

Romains 6.5-14

Nous venons de lire un passage qui traite de beaucoup de choses. On y trouve notamment la mort du Christ à la croix, sa résurrection ainsi que les effets de ces événements sur la vie des personnes qui ont reçu la foi. « Offrez-vous à Dieu et mettez-vous tout entiers à son service comme instruments pour établir ce qui est juste ».

Aujourd’hui, je ne vais pas vraiment commenter ce texte, mais je vais discuter de la place de nos corps dans le culte. « Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent le fassent par l’Esprit qui conduit à la vérité » (Jean 4.24). Voilà un verset très profond, mais qui, mal compris, vient nous induire en erreur. Dommage, pour un verset qui parle de la vérité…



L’être intérieur et l’être extérieur.


Les Hébreux concevaient l’être humain comme une unité. Ce que les Grecs distinguent (corps, âme, esprit), en établissant ainsi une trinité humaine, les Hébreux l’unifient : le corps et l’être intérieur sont une seule et même chose. Si le corps meurt, l’être intérieur meurt avec lui.

L’idée de résurrection est quelque chose de tardif (idée qui se développe progressivement en Judée et en diaspora à partir du 3è siècle avant notre ère, mais les Evangiles nous montrent qu’entre les Pharisiens et les Saducéens, la question n’était pas réglée !), et même alors, il est question de la résurrection des êtres : le corps aussi est promis à la résurrection, dans une vie future. Alors que nous ne croyons plus, nous, à la résurrection des corps. Le travail de certains de nos scientifiques est de dématérialiser l’être intérieur, de manière à ce que, à notre mort, notre conscience puisse être téléchargée sur une clé USB.

Séparer l’être intérieur de son enveloppe charnelle.

Mais pour les Hébreux, l’être est l’unité du corps et de l’esprit.

Dieu, qui est esprit, est aussi une unité : Écoute, Israël, le Seigneur, ton Dieu, le Seigneur est un. Tel est Dieu. Tel est l’humain. Dans la Bible, il n’y a pas de spiritualité sans corps. Nous ne sommes rien sans notre corps. D’ailleurs, vous le savez bien, vous qui souffrez dans votre corps, et vous qui vous sentez bien dans votre corps : l’état de votre corps affecte votre vie spirituelle. Et de la même manière, votre vie spirituelle affecte la manière dont vous ressentez votre corps. Et comme nous ne sommes pas des machines, en fonction de qui vous êtes, la maladie va stimuler votre esprit ou bien au contraire elle va l’affaiblir.

Chacun·e en fonction de qui il·le est.

Il n’y a pas à porter de jugement sur les réactions des autres.



Le corps qui révèle l’être intérieur.


Votre corps exprime votre joie.

Votre corps exprime votre tristesse.

Votre corps exprime votre fatigue, votre colère, votre plaisir, votre jouissance, votre désespoir, bref, votre corps exprime naturellement tout ce que vous ressentez à l’intérieur de votre être.

Mais notre culture bloque ces émotions à l’intérieur de nous, parce qu’on nous a appris – surtout à nous, réformé·e·s – qu’il était très important de paraître impassible.

Ceci dit, il y a des émotions que notre corps exprime plus volontiers que d’autres : la colère par exemple, ou le découragement. Ce sont des dispositions dont je remarque qu’elles sont très souvent exprimées dans nos églises. Mais la joie, le plaisir, la confiance… beaucoup moins.

Il faut questionner cette attitude, parce qu’il est sain que nos émotions s’expriment. Les émotions que l’on cache restent bloquées à l’intérieur. En même temps, il est sain qu’on freine un peu ces émotions, parce que sans frein, elle peuvent déborder et nous submerger. Il y a des Églises où l’émotion est tellement encouragée qu’il s’y passe des choses qui font peur. Mais ce n’est pas parce que les excès font peur que nous devons faire taire notre corps quand il cherche à exprimer la vie divine qui coule en nous.

Comme nous sommes, nous réformé·e·s, mal à l’aise avec notre corps – en tout cas, pendant le culte, parce que dans la vraie vie nous savons crier, danser, faire du sport, etc. – nous restons statiques. Nous nous levons quand l’officiant·e nous dit de nous lever, et nous nous asseyons quand l’officiant·e nous dit de nous asseoir. Nous nous déplaçons quand vient le temps de la sainte cène. Et nous chantons aussi – c’est une expression du corps. Mais s’il s’agit de danser, il n’y a plus personne.

Même les personnes qui savent danser ne dansent pas pendant le culte. Remarquez, l’harmonisation de nos cantiques ne nous invite pas toujours à danser, je le reconnais.

Vous croyez qu’il est possible de danser pendant un culte ? Psaume 149 : Louez le Seigneur par des danses !

Vous croyez que c’est possible de taper des mains pendant un culte ? Psaume 47 : Vous, tous les peuples, applaudissez, acclamez Dieu !

Vous croyez que c’est possible de lever les mains vers Dieu pendant un culte ? Psaume 63 : Toute ma vie je te bénirai ; en levant les mains vers toi je dirai qui tu es.

Vous croyez que c’est possible de se mettre à genoux pendant un culte ? Psaume 95 : Entrez, courbons-nous, prosternons-nous, mettons-nous à genoux devant le Seigneur, notre créateur.

Vous croyez qu’il est possible de crier de tristesse ou de joie pendant un culte ? Psaume 142 : J’appelle à grands cris le Seigneur, j’implore à grands cris le Seigneur ! et Psaume 100 : Servez le Seigneur avec joie, présentez-vous à lui avec des cris joyeux !

Vous croyez qu’il est possible d’être silencieux pendant un culte ? Psaume 37 : Reste en silence devant le Seigneur, espère en lui.

Pourquoi j’ai pris ces exemples dans les Psaumes ? Parce que les Psaumes nous servent, dans notre tradition chrétienne, pour prier lorsque nous sommes seuls, bien sûr, mais aussi lorsque nous sommes ensemble, pendant le culte. Le psautier est utilisé pour exprimer nos prières dans l’assemblée, et c’est le cas depuis les premières communautés chrétiennes, qui reprenaient déjà une tradition juive. Ces psaumes servaient pendant les réunions cultuelles, en assemblée, et j’ai toujours du mal à nous voir statiques quand un psaume nous invite à lever les mains ou à danser.

Il y a encore plein d’autres émotions que je pourrais illustrer à partir des Psaumes. Les rires, les pleurs, les embrassades, les vêtements que l’on déchire, les gestes de bénédictions, etc. Les Psaumes nous montrent qu’il est possible d’exprimer toutes ces choses à Dieu pendant le culte, avec nos corps.



Un corps libre.


Dans notre tradition réformée, c’est l’officiant·e qui nous dit comment nous comporter. Et c’est bien, parce que lorsque nous sommes ensemble il est bon qu’il y ait de l’ordre. En même temps, le défaut, c’est que notre spontanéité est coupée.

Parfois, mon cœur me dit : « comme le psaume le dit, lève les mains ! » et je ne les lève pas parce que ce n’est pas l’usage.

Ou parfois je suis triste à mourir et j’ai besoin de faire silence, mais l’officiant·e me dit qu’il faut chanter.

Ou encore je sens en moi le désir de me mettre à genoux mais voyons, ça ne se fait pas, pas en public !

Autre chose : parmi nous il y a des personnes que le mouvement assis/debout/assis/debout fatigue énormément. A cause de l’épuisement du corps, ou à cause de la maladie, ou encore de la vieillesse. Je vous l’affirme : vous êtes autorisé·e·s à effectuer les mouvements que vous avez dans le cœur, absolument ! Si je vous demande de vous lever mais que vous restez assis·e·s, ça ne doit poser de problème à personne, surtout pas à vous. Si vous sentez le besoin de vous mettre à genoux pendant le culte, ou si vous voulez frapper dans vos mains, ça ne doit poser de problème à personne, surtout pas à vous.

Les expressions de votre prière sont les bienvenues, pourvu que vous respectiez l’ordre du culte. Je vous avoue que j’aurais un peu plus de mal à gérer le culte si vous vous mettez à crier à Dieu… Mais nos cultes ne sont pas des lieux où nous attrapons la poussière, comme des pièces de musée. C’est la vie intérieure qui s’exprime, raisonnablement, mais qui s’exprime quand-même.

Le corps, les gestes, ce sont des choses importantes pour notre vie spirituelle. Dieu est esprit, certes, mais il s’est incarné, et il continue de s’incarner en chacun et en chacune de nous.

Je vous répète donc que notre attitude est l’héritage d’une tradition réformée qui a oublié d’où elle venait. Il y a cent ans, on avait encore dans certains cultes réformés des temps où l’on se mettait à genoux. Dans certaines communautés luthériennes, l’officiant·e se déplace dans l’assemblée et tourne sa face vers la table de communion dans les moments de repentance et d’intercession, pour faire corps avec la communauté, et certains luthériens se mettent à genoux pendant la repentance et pour prendre la sainte cène. Dans les milieux évangéliques, on lève facilement les mains pour louer Dieu. Bref, sans chercher à copier ces pratiques, on peut peut-être s’autoriser, de temps en temps, à libérer nos corps pendant le culte – tout en restant bien conscient·e·s que nous sommes ensemble, et que nous devons respecter nos frères et nos sœurs.



Le repos du corps.


Un dernier point concernant le corps. Un point qui tombe à pic puisque nous entrons dans la période des vacances estivales. Je veux parler du repos.

Dieu s’est reposé le 7è jour dans le mythe de la genèse. Il est dit de Jésus qu’il cherchait à se reposer. Le repos du corps permet à l’être intérieur de se reposer, lui aussi. Vous ne pouvez pas être disponible pour les autres si vous ne prenez pas soin de vous.

C’est très bon de faire un vrai shabbat dans la semaine : un jour sur 7 vous décrochez de votre activité professionnelle. C’est vrai pour vous dans votre travail, c’est vrai pour moi dans ma fonction de pasteur, et c’est vrai aussi pour les personnes au chômage : un jour par semaine, tu arrêtes de chercher du boulot ou de justifier ton chômage. Re-pos.

Mais la période des vacances, c’est le grand break : on cesse les activités professionnelles pour se ressourcer, découvrir d’autres choses et prendre du plaisir dans les relations, dans les visites de lieux connus ou inconnus, on change de rythme, on se re-pose. C’est très important. Sans ça, c’est l’épuisement assuré.

Je vous en prie, prenez soin de votre corps. Du mieux que vous pouvez.

Respectez ce que vous dit votre corps, et laissez votre être intérieur s’exprimer.

Justement parce que Dieu est esprit : il faut l’adorer en esprit, et aussi en vérité.



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