La fête du souffle
Pentecôte, c’est la fête du souffle, une fête qui redonne du souffle. En hébreu, le souffle, le vent et l’Esprit, c’est le même mot. Mais tout ceci semble très vague. De quoi parle-t-on exactement ?
Nous fêtons Pentecôte, en ce 8 juin 2025. Et à la Pentecôte, on pense à qui ? Au Saint-Esprit ! Je vais donc vous partager quelques réflexions bibliques autour du Saint-Esprit. Rassurez-vous, nous ne ferons pas de théologie ou de dogmatique, nous ne parlerons pas d’hypostase ou de périchorèse, nous n’explorerons pas les méandres mystico-philosophiques esquissées par des phrases floues du type « engendré, non pas crée, consubstantiel au Père », non, nous allons faire quelque chose de simple – non simpliste et compréhensible.
C’est ce que j’espère en tout cas.
Once upon a time
J’aimerais commencer par le début. Dans le deuxième récit de la création, que l’on trouve en Genèse 2, on lit que Dieu a créé l’être humain en prenant de la poussière du sol, la poussière de la terre.
Il l’a façonné et en soufflant son souffle dans ses narines, au moment où l’être humain reçoit ce souffle, il devient un être vivant, en hébreu : nefesh hayyah, une âme vivante.
Après avoir créé l’être humain, après l’avoir mis au centre du jardin, et après s’être rendu compte qu’il n’était pas bon que l’être humain soit seul – eh bien on lit que Dieu a façonné quantité d’animaux sauvages et d’oiseaux. Là, l’être humain est chargé de leur donner un nom. Ça a dû prendre du temps. Et au verset 19 l’auteur de ce récit appelle ces animaux « nefesh hayyah », âmes vivantes, exactement comme l’être humain a été nommé après avoir reçu le souffle de vie. Ça, je trouve que c’est intéressant, parce que ça laisse entendre que pour cet auteur, tous les êtres vivants ont reçu le souffle divin – sans quoi ils ne pourraient pas vivre.
Tout ce qui vit !
C’est pour ça, à mon avis, qu’on a ce psaume qui dit : « Que tout ce qui respire loue l’Éternel » ! Eh oui, si on est équipé du souffle de vie, alors on est capable de mener une vie spirituelle.
Un autre passage qui me touche, c’est dans le psaume 104, les versets 27 à 30. Ici c’est assez clair aussi : tous les êtres vivants, même les non-humains, auront part à la résurrection : « Si tu leur reprends le souffle de vie, ils périssent et redeviennent poussière. Tu leur rends le souffle et les voilà créés, tout devient nouveau ».
Le souffle semble concerner tous les êtres vivants. Alors maintenant, la question que je me pose, c’est : « Si tous les êtres vivants ont le souffle de Dieu en eux, c’est-à-dire l’esprit de Dieu – parce que
Ruah en hébreu, Pneuma en grec, ça désigne à la fois le souffle, le vent, et l’Esprit… – alors qu’est-ce que ça veut dire, quand les auteurs de la bible parlent de recevoir l’Esprit, d’être habité par l’Esprit, ou de naître de l’Esprit ? »
Si on en parle comme ça, c’est sans doute parce que ce sont des choses différentes, non ?

Recevoir le Saint-Esprit…
Pour faire simple, direct et pratique, disons que recevoir le Saint-Esprit, c’est quelque chose qui vient changer notre vie.
Le premier testament parle de gens qui ont reçu l’Esprit d’une manière spécifique, pour mener à bien la mission que Dieu leur avait confiée. Attention, ça ne veut pas dire qu’ils ont réussi ! Mais Dieu les a équipés pour qu’ils fassent ce qu’ils avaient à faire.
On a donc des personnages comme Moïse, les 70 anciens qui ont aidé Moïse dans sa tâche, Josué, les juges qui sont dans le livre des Juges, Saül, David, certains ouvriers, comme Bessalel par exemple, qui a construit les éléments pour célébrer le culte dans le désert, mais aussi les prophètes de Dieu, etc. Bien avant Jésus, bien avant que l’Esprit se répande sur les premières communautés chrétiennes, il y avait eu des effusions du Saint-Esprit. Parfois individuelles, parfois collectives.
La Bible décrit parfois le moment où ça arrive. On a en tête des images spectaculaires de l’effusion de l’Esprit : parfois les gens se mettent à délirer et à prophétiser sans aucun contrôle – comme dans une extase (bon, nous on n’aime pas trop ça : ça nous fait peur et c’est normal – sachez quand-même que Dieu n’a pas peur, lui, de ces manifestations bizarres), mais la plupart du temps ça se passe très calmement. C’est tout juste si quelqu’un s’aperçoit du changement.
C’est très étonnant, mais la diversité est réellement assumée dans la Bible : nous ne vivons pas les choses de la foi de la même manière. Et c’est ok.
… Pour quoi faire ?
En revanche, le but est toujours lié à la volonté de Dieu. Ça s’exprime différemment selon les personnes, mais c’est le même but. Esaïe 32.15-20 n’est pas un texte facile à commenter ! Mais je sens qu’il y a là quelque chose de très très fort à comprendre et à vivre.
D’après ce texte, le but de l’Esprit, c’est de revivifier ce qui se meurt. C’est de redonner du souffle là où on étouffe. C’est donner du droit là où règne l’arbitraire – le désert. Semer partout près de l’eau et de laisser le bœuf ou l’âne aller et venir librement.
Tiens, vous avez remarqué ce que signifie ici recevoir l’Esprit de Dieu ? On a d’abord le côté paysan : le désert qui devient verger – cultiver le désert – et le verger qui devient forêt – ne pas cultiver le champ. Ce n’est pas vraiment le côté « exploitation à tout crin », là. On redonne de la vie là où il n’y en a plus, mais là où on a remis de la vie on laisse les plantes se développer librement, sans chercher à maximiser le rendement.
Puis on parle du droit dans le désert, puis la justice dans le verger, la justice qui installe la paix, la tranquillité et la sécurité – c’est le côté social de l’Esprit.
D’abord la nature, ensuite le social
On veut toujours faire les trucs à l’envers : on veut le social avant la nature – les humains passent avant les animaux et les végétaux. Ésaïe reprend les choses dans l’ordre de la création. Étonnant, non ?
Et concernant le social, on pense d’abord à la sécurité : fermer les frontières, tolérance zéro pour certaines catégories de population, etc. Mais l’Esprit de Dieu, dans notre texte, voit d’abord la question du droit, puis de la justice, pour que la paix, la tranquillité et la sécurité puissent s’installer. Pas de paix et pas de sécurité tant qu’il n’y a pas de droit et de justice ! Ce n’est pas la sécurité qui donne la paix ici, c’est le droit.
L’Évangile renverse nos valeurs humaines. Il renverse notre logique comptable. Il nous ouvre à ce qui est le plus important. L’Esprit de Dieu est une folie pour ce monde, mais il est la vraie sagesse. Et le but, l’objectif de cette action de l’Esprit, c’est de semer partout et de relâcher la domination que nous exerçons sur les êtres vivants. C’est relâcher le joug que nous posons sur les autres, notamment les plus vulnérables, qu’ils soient humains ou non-humains. Cesser de voir en l’autre un esclave, en fait. C’est exactement ça : désesclavagiser l’autre. Arrêter de considérer que l’autre est à notre service.
Je crois que c’est un texte essentiel pour penser les enjeux de notre temps.

Et Jésus, alors ?
Je passe très rapidement sur l’histoire de Jésus. Vous trouverez peut-être que c’est trop rapide, mais enfin, c’est un sujet dont on parle souvent.
Donc Jésus naît, vit, parle, enseigne, agit et meurt sur la croix. Puis Dieu le ressuscite. C’est Pâques. Et 50 jours après Pâques, c’est Pentecôte, une fête juive où on célèbre le livre qui parle de Dieu. C’est rassemblés dans la prière que 120 personnes reçoivent le Saint-Esprit d’une manière extraordinaire (Actes 2).
Il y a d’autres passages dans le nouveau testament qui parlent de l’effusion de l’Esprit, mais ce moment, dit-on, est le moment où l’Église naît. Et les premières communautés chrétiennes, dans leur diversité, vont essayer de mettre en pratique la volonté de Dieu : elles vont semer partout où il y a de l’eau, elles vont proclamer le droit et la justice au nom du Christ, elles vont œuvrer pour la paix, et vont chercher à créer des lieux où la tranquillité et la sécurité seront des critères pour désigner le peuple de Dieu, où le repos devra prendre place et où le souci sera évacué.
La paix dans le danger ?
Remarquez comment c’est bizarre notre texte : « Mon peuple habitera une oasis de paix, il vivra en sécurité, au repos et sans souci. La forêt s’écroulera, la ville s’effondrera, mais vous serez heureux !!! » C’est étrange ! Il raconte n’importe quoi le prophète ! S’il y a la paix et la sécurité, comment les forêt et la ville pourraient s’écrouler ?
Ce que j’entends, c’est vivre en paix, en sécurité et sans souci, vivre heureux, donc, ce n’est pas lié aux circonstances, quand on vit dans l’Esprit. L’Esprit nous pousse à regarder le monde tel qu’il est, sans concession, mais il nous pousse aussi à focaliser sur le Royaume que nous devons mettre en œuvre ici et aujourd’hui. Il y a la guerre, il y a la maladie, nous sommes nous aussi atteints par les maladies, il y a la mort, il y a la pauvreté, le racisme, la violence, l’injustice, il y a le réchauffement climatique et la souffrance animale… nous devons regarder ces choses en face et les assumer.
Mais nous sommes heureux si, par l’Esprit, nous entrons dans les œuvres bonnes que Dieu a préparées d’avance. Nous sommes heureux si – avec ce que nous sommes – nous luttons comme nous pouvons, avec nos p’tits bras musclés, pour plus de droit et de justice. Pour établir solidement un monde où les êtres humains – et les autres animaux ! – seront libérés de l’esclavage.
Recevez l’Esprit !
Recevoir le Saint-Esprit, être habité par le souffle, dans la théologie chrétienne, c’est s’engager à œuvrer pour que le Royaume de Dieu avance. C’est entrer en action pour que la vie vivante et vivifiante gagne du terrain. C’est ouvrir la bouche et témoigner de l’amour de Dieu sous toutes les formes possibles. Faire reculer le désert spirituel et le manque d’humanité.
En ce jour de Pentecôte, je vous mets au défi de vivre de l’Esprit, concrètement, et d’accomplir la volonté de Dieu dans votre vie.
En savoir plus sur Chemins Libres
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
Comments (2)
Ulmann jean-Michel
8 juin 2025 at 18:51
Bonsoir Lionel,
belle prédication. Merci. Le souffle, je le trouve dans la fragilité d’un enfant, dans une bougie vacillante, dans le pâle sourire d’un exilé. Je le reçois dans l’énergie du désespoir, de la source timide, dans l’amour malgré tout, dans l’amen de nos prières et dans la communion.
Fraternellement
jmu
Lionel Thébaud
11 juin 2025 at 17:58
<3