Comment être consolé ?
Pasteur, comment fait-on pour arrêter de souffrir à cause de ce qu’on fait aux animaux? Il est écrit que le Saint-Esprit console les cœurs brisés, mais je n’ai pas le cœur brisé à cause de ce qu’on me fait, mais à cause de ce qu’on fait à des êtres innocents qui n’ont rien fait! (PS: C’est une vraie question! Certains jours, je me sens désespérée et je ne peux me tourner vers personne pour poser cette question parce qu’on va se sentir jugé et me citer Romains 14.)
C.D.
Bonjour C.D., et merci de poser cette question difficile. Votre question évoque les horreurs que l’on fait subir aux animaux, mais je vais me concentrer sur la question de la consolation, à partir de ce que vous indiquez, à savoir ; « le Saint-Esprit console les cœurs brisés ». Tout d’abord, regardons les passages qui évoquent cette consolation.
Passages Bibliques
Psaume 147 : Le Seigneur rebâtit Jérusalem, il rassemble les exilés d’Israël. Il guérit les personnes qui ont le cœur brisé, il soigne leurs blessures.
Psaume 34 : Le Seigneur est proche de ceux qui ont le cœur brisé, il sauve ceux qui ont l’esprit abattu. Le juste endure de nombreux malheurs, mais le Seigneur le délivre de tous.
D’autres passages seraient à rapprocher de ces textes, mais nous avons affaire un des problèmes de traduction, qui parfois emploient l’expression « cœurs brisés » dans un autre sens : soit le sens de « cœurs humbles » ou « humiliés », soit le sens de « opprimés », ce qui n’a pas le même sens que votre question (je pense notamment à Esaïe 61 : « L’Esprit du Seigneur est sur moi… » repris par Jésus en Luc 4, mais j’y reviendrai à la fin de cet article).
Pour le moment, donc, ce que j’en retire, c’est que Dieu est proche de celles et ceux qui souffrent (soit pour eux-mêmes, soit pour les autres) et qu’il promet la guérison de ces souffrances. Dieu promet-il une guérison instantanée ? De quelle nature est cette consolation ?
Détour biblique 1
Permettez-moi de faire un détour pour vous expliquer comment je perçois ces choses. En effet, des personnes vous renvoient à Romains 14 pour vous faire comprendre que vous seriez faible dans la foi, parce que – si j’ai bien compris – vous refusez de manger de la viande en raison de la manière dont les animaux sont traités. Leur argument ressemble trait pour trait aux « consolations » des amis de Job, qui ne cessaient d’accuser Job de ne pas être aligné avec la volonté parfaite de Dieu. Le livre de Job leur donne tort. A ces personnes, moi, j’oppose Romains 8.8, dans lequel l’apôtre Paul écrit :
J’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas comparables à la gloire que Dieu nous révélera. La création entière attend avec impatience le moment où Dieu révélera ses enfants. Car la création est tombée sous le pouvoir de forces qui ne mènent à rien, non parce qu’elle l’a voulu elle-même, mais à cause de celui qui l’y a mise. Il y a toutefois une espérance : c’est que la création elle-même sera libérée un jour du pouvoir destructeur qui la tient en esclavage et qu’elle aura part à la glorieuse liberté des enfants de Dieu. Nous savons, en effet, que maintenant encore, la création entière gémit et souffre comme une femme qui accouche. Elle le fait en solidarité avec nous, car ce n’est pas seulement la création qui souffre : nous qui avons déjà l’Esprit saint comme première part des dons que Dieu a promis, nous gémissons aussi intérieurement en attendant que Dieu fasse de nous ses enfants et qu’il délivre nos corps de leurs souffrances.
Il y aurait bien entendu beaucoup de choses à expliquer dans ce passage, mais je retiens ceci : d’une part, il y a des souffrances. Elles sont insupportables, elles sont injustes mais elles sont là et elles font partie de la condition de l’existence. D’autre part, il y a la promesse que Dieu enlèvera ces souffrances un jour (c’est ce que nous attendons, en espérance).
Enfin, la création souffre, mais Dieu promet de la libérer du pouvoir qui la fait souffrir. Cette souffrance est normale, et Dieu nous en guérira un jour. En attendant, elle nous permet d’être solidaires avec la création entière, et la création avec nous, et Dieu avec nous. Cette souffrance est ce qui nous relie dans l’amour. Et dans l’espérance de la grande libération.
Détour biblique 2
Je me tourne maintenant vers une lettre de l’apôtre Pierre :
Très chers amis, ne trouvez pas étrange d’être en plein feu de l’épreuve, comme s’il vous arrivait quelque chose d’étrange. Réjouissez-vous plutôt d’avoir part aux souffrances du Christ, afin que, quand il révélera sa gloire, vous débordiez également de joie. Si l’on vous insulte à cause du nom du Christ, heureux êtes-vous, car l’Esprit de Dieu à qui appartient la gloire repose sur vous. Qu’aucun d’entre vous n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur ou malfaiteur, ou pour s’être mêlé des affaires d’autrui. Mais si quelqu’un souffre parce qu’il est chrétien qu’il n’en ait pas honte ; qu’il remercie plutôt Dieu de pouvoir porter ce nom.
1 Pierre 4.12-6
Ici, Pierre nous dit que les souffrances que nous éprouvons, le Christ les a aussi éprouvées, parce que Dieu lui-même les vit. Il nous dit que c’est une chose normale que de souffrir des injustices et de leurs conséquences – c’est un signe d’amour, que de pleurer avec ceux qui pleurent ! – mais que nous devrions ne rien faire qui soit la cause de ces souffrances. Autrement dit, ne pas chercher à souffrir et ne pas chercher à faire souffrir. Mais si nous souffrons parce que d’autres souffrent, c’est normal : c’est aussi le rôle du Saint-Esprit en nous de nous relier aux êtres en souffrance. Encore une question de solidarité.

Souffrir, être consolé
Il y aurait d’autres passages à explorer mais je vous laisse réaliser ce travail par vous-même, en recherchant sur le web des versets qui parlent de la souffrance et de la consolation. A mes yeux, ce dont vous souffrez est un pur produit du Saint-Esprit, qui vous rend sensible aux horreurs que l’on fait subir aux autres êtres vivants. Dieu vous rend solidaire de la création par la participation à ces souffrances.
Ensuite, j’entends que vous aimeriez que cette souffrance s’arrête, parce que c’est vraiment insupportable. Je comprends bien ce désir. Souffrir est épuisant. Mais voici ce que Paul écrit dans Romains 5 :
Nous mettons notre fierté même dans nos détresses, car nous savons que la détresse produit la persévérance,
que la persévérance produit le courage dans l’épreuve et que le courage produit l’espérance.Romains 5.3-4
Détresse, persévérance, courage, espérance. Quatre mots qui indiquent un chemin pour vous. Car la consolation du Saint-Esprit n’est pas de l’ordre de la consommation et de la théologie de la prospérité : la consolation, c’est une promesse, tout comme le fait de voir un jour toute la création libérée de ce qui l’opprime. Il est possible d’en récolter quelques fruits aujourd’hui – comme on prend des grains de raisin – mais pas de vivre pleinement cette consolation. La promesse de la consolation est au futur.
D’ailleurs, comment pourriez-vous être encore solidaire de la souffrance des animaux si vous n’éprouvez plus de douleur à leur égard ? Vous voyez bien que c’est impossible : si vous n’en souffrez plus, c’est le signe que vous ne les aimez plus. Je suis certain que ce n’est pas ce que vous désirez.

Envoi
Aussi, je vous renvoie au fameux passage d’Esaïe 61, repris par Jésus en Luc 4 :
L’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a choisi pour son service afin d’apporter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé pour proclamer la délivrance aux prisonniers et aux aveugles le retour à la vue, pour libérer les opprimés, pour annoncer l’année où le Seigneur manifestera sa faveur.
Cette citation ne concerne pas seulement Jésus, mais toute personne qui veut faire la volonté de Dieu et qui se considère comme son serviteur. La douleur que vous ressentez est un mécanisme qui peut vous pousser à l’action.
Il y a des pauvres à qui annoncer la bonne nouvelle de la promesse de Dieu : Il veut libérer la création du pouvoir de son oppresseur (en l’occurrence, l’être humain, qui dans son égoïsme ne cesse d’utiliser les êtres vivants pour son propre profit, en les exploitant au maximum).
Il y a des prisonniers à libérer, c’est-à-dire que vous pouvez faire votre possible, dans votre situation particulière, pour que des êtres vivants aient moins d’occasions de souffrir. Si j’ai bien compris, vous avez déjà fait le pas de ne plus manger de viande, parce que la manière dont les animaux sont mis à mort est insupportable. C’est déjà beaucoup. Mais si vous le souhaitez, il y a bien d’autres actions que vous pouvez mener pour « libérer les opprimés » : faire prendre conscience aux autres du fait que les animaux sont des êtres sensibles comme nous, soutenir des associations qui militent pour les droits des animaux, etc. Je suis certain que vous connaissez déjà toutes ces choses.
Et – c’est très important quand on est une chrétienne – garder les yeux fixés sur l’avenir. « Annoncer l’année où le Seigneur manifestera sa faveur », c’est tendre tout entière vers l’espérance, cette promesse que Dieu effacera ces souffrances, un jour. Ce sera votre moteur pour supporter ces douleurs de solidarité, votre carburant pour lutter en faveur des êtres vivants qui sont opprimés, et ce sera… votre consolation !
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