Après la mort
Où va-t-on après la mort ? Voilà une question très difficile. Et j’ajoute cette question, qui m’a aussi été posée, et qui me semble liée : « l’esprit existe-t-il vraiment, et est-ce qu’il perdure une fois qu’on est mort ? » Très difficile, en effet. Mais voici quelques pistes de réflexion, pour nous aider à penser la mort d’une manière qui soit raisonnable.
Selon la science
Tout d’abord, regardons ce que la science (telle que je la comprends) apporte à cette question. D’après ce que j’ai compris, la science – qui observe le monde – constate que lorsqu’un être meurt, il se décompose et se fait absorber par des êtres vivants. La science ne peut pas observer l’inobservable : scientifiquement parlant, il n’y a pas de survie de l’être après la mort. Il y a redistribution des éléments biologiques de l’être. S’il existe un principe non biologique, disons « spirituel », il n’est pas observable par la démarche scientifique. Pour la science (si tant est que « LA » science désigne effectivement quelque chose d’objectivable : il serait bien mieux de parler « des » sciences), la partie immatérielle qui anime l’être vivant disparaît quand la mort percute cet être.
Vous avez sans doute déjà entendu dire que des scientifiques avaient prouvé l’existence de l’âme ou de l’esprit, et que certains avaient même rapporté des preuves d’une vie après cette vie. Méfiez-vous. Les scientifiques aussi peuvent croire au surnaturel (pourquoi seraient-ils différents de nous ?), pour autant ces croyances ne deviennent pas scientifiques au prétexte qu’un expert y croie. Il ne faut pas confondre les convictions intimes avec les données de la science. Et si des scientifiques s’associent parce qu’ils ont la même conviction, ça ne signifie pas forcément qu’ils ont raison et que leur démarche soit scientifique. De la même manière, quand un groupe de scientifiques nie le changement climatique, on est en droit de douter de leur objectivité.
Des questionnements
En revanche, il est vrai que la science pose des questions, quand à ce qu’elle observe, et que de ces questions, on peut dégager des hypothèses. Par exemple, on rapporte des témoignages de personnes qui sont mortes, cliniquement parlant, et qui sont revenues à la vie (qu’on appelle « expérience de mort imminente », ou EMI). Leurs témoignages suscitent beaucoup d’interrogations.
On utilise souvent les EMI pour argumenter du fait qu’il y a quelque chose après (ici, un article scientifique à ce sujet, et là, un article de vulgarisation). Le problème, c’est qu’il n’existe pas de définition scientifique de la mort. Il est donc difficile de définir quand quelqu’un meurt pour de bon. Les personnes qui ont vécu des EMI sont des personnes qui ne sont pas mortes : leur mort a été imminente, c’est-à-dire qu’elles ont touché du bout du doigt la mort, mais elles n’ont pas vécu la vraie mort. Les personnes qui ont vraiment vécu la mort ne sont jamais revenues, et personne ne peut témoigner de ce qui se passe lorsqu’on se trouve du côté d’où l’on ne peut pas revenir.
Quand aux personnes qui sont persuadées de communiquer avec les défunts, ou avec les esprits, notez que la science n’a rien pu démontrer en ce sens et qu’on navigue avec ces choses dans le domaine des croyances. Des convictions. Pas de la science. Attention à ne pas utiliser les questionnements scientifiques pour y plaquer nos propres réponses.

La mort dans la Bible
Maintenant que c’est posé (on pourrait développer plus longuement les apports de la science, mais il faudrait regarder directement ce qu’en disent les scientifiques eux-mêmes, lorsqu’ils étudient la mort), regardons du côté de la Bible. Un rapide coup d’oeil, sinon ce serait trop long.
Puisque la Bible évoque les questions qui habitent l’humanité de l’Antiquité, elle parle de la mort – en tout cas de la manière dont les anciens considéraient la mort. Et on y trouve des indications très diverses. Pour simplifier, on pourrait dire que les textes les plus anciens considèrent que lorsqu’une personne meurt, il n’y a plus rien : elle est mise en terre et elle passe son temps à dormir, seule, abandonnée.
Progressivement, l’idée que la divinité se tient aux côtés du mort fait son chemin, puis vient l’idée du mérite : les personnes qui sont mortes en martyre, c’est-à-dire qui ont donné leur vie dans la lutte pour la foi et pour des idées justes, sont promises à une vie après cette vie. Enfin, vient l’idée de la résurrection : celles et ceux qui auront gardé la vraie foi se relèveront de la mort à la fin des temps.
Petit à petit aussi (mais ce n’est pas dans la bible, c’est plutôt dans la tradition chrétienne) les idées de survivance de l’âme ont fait leur chemin : on a fini par croire que l’âme était immortelle.
Une histoire complexe
Vous le voyez, l’idée de la mort et de ce qui se passe après évolue avec le temps. Ce n’est pas toujours linéaire, il y a parfois des réformes qui élargissent les idées, et il y a parfois des retours en arrière, qui cherchent à épurer les croyances. L’histoire des idées et des croyances n’est pas toujours aussi simple qu’on nous la présente.
C’est la raison pour laquelle il serait bien trop simpliste de dire : « Au sujet de la mort, la Bible nous dit que… ». C’est vrai pour la mort comme pour beaucoup de sujets : la Bible est le reflet d’idées diverses, portées par des populations à des époques différentes, qui ont été influencées par les idées qui circulaient, et qui luttaient pour défendre leurs spécificités culturelles. Des populations toujours tentées par l’ancien et le nouveau, la tradition et le progrès. Ce qu’il faut remarquer, c’est à mon sens trois grands développements dans la culture biblique, concernant la mort :
- 1/ Il n’y a rien après la mort
- 2/ Les morts ressuscitent pour vivre l’après-vie
- 3/ L’âme est immortelle
Gardons ces trois points à l’esprit pendant que je poursuis ma course labyrinthique.
Corps, âme et esprit
On a l’habitude d’entendre qu’un être humain est composé d’un corps, d’une âme et d’un esprit. Voyons ce que ça signifie. On estime en général que notre corps est animé par une énergie invisible qui permet la vie. Dans la Bible, on désigne ce principe vital par un vocabulaire en lien avec ce qui entre et qui sort de notre corps par les voies aériennes : « âme » vient d’un mot qui signifie « respirer », et « esprit » est un mot qui signifie « souffle ».
Si de tout temps on a voulu distinguer l’âme et l’esprit, et nous voyons là combien notre imaginaire est fertile, en réalité on utilise indifféremment les deux termes, comme s’ils étaient synonymes. Ce qu’ils sont probablement, d’ailleurs. C’est pourquoi j’utilise indifféremment les termes âme ou esprit, et que je parle volontiers d’être intérieur, ou de principe spirituel.
Pour les anciens, la vie, c’est lié à la respiration. Ainsi, tous les êtres vivants ont une âme : à plusieurs reprises, la Bible attribue une vie spirituelle aux bêtes sauvages et aux bêtes des champs. Mais toujours ce principe spirituel disparaît lorsque le corps meurt. En réalité, selon la Bible, il n’y a pas de séparation entre l’être corporel et l’être spirituel. Un corps n’est pas sans esprit, et un esprit n’est pas sans corps. Dieu seul est pur esprit, et encore, le récit biblique montre qu’il peut aussi s’incarner.
Ce qui nous pousse à nous poser la question : si l’âme disparaît en même temps que le corps meurt, est-il raisonnable d’envisager une immortalité de l’âme, quand on est chrétien ? Et sa conséquence logique : si l’âme est immortelle, pourquoi la résurrection ?
Immortalité ou résurrection ?
Le problème se pose ainsi dans le christianisme : si l’âme est immortelle, la résurrection ne sert à rien. Comme dit, le corps et l’âme sont inséparables, dans la Bible. L’être vivant est une unité indivisible, un tout.
C’est de là qu’est née l’idée de la résurrection : on n’accepte pas que la mort soit la fin de la vie. Il y a forcément un après. Mais puisque l’être est mort, cet avenir est bouché. La résurrection permet d’espérer une suite, différente de ce que nous vivons, mais en même temps reliée à ce que nous vivons ici-bas. On imagine une après-vie qui soit à la fois en rupture avec la logique de notre monde, mais en gardant ce qui constitue l’être que nous sommes.
Problème : il ne peut y avoir résurrection que si l’on meurt. Parce que si l’âme peut se passer de son enveloppe charnelle, alors la résurrection ne la concerne pas, elle ne concerne que le corps.
Ce qui pose plusieurs difficultés, comme : « A quel âge le corps ressuscite-t-il ? Dans quel état de santé ? » Je vous laisse imaginer les inégalités que pourraient présenter le fait de ressusciter avec un corps de bébé ou de vieillard… Et est-ce que l’âme (supposée immortelle) aura envie de se retrouver de nouveau enfermée dans un corps qui la limite ? Car je rappelle que l’idée selon laquelle l’âme est immortelle appartient à un courant de pensée dans lequel le corps est une entrave, une malédiction, en quelque sorte, dont il faut se débarrasser pour réellement vivre. Le corps ne serait-il qu’une simple enveloppe ?
Variations résurrectionnelles
Pour la Bible, le corps a beaucoup d’importance car c’est à travers lui – et lui seul – qu’on expérimente la vie. La foi chrétienne, au début, n’avait pas majoritairement adopté le mépris du corps. C’est pourquoi le Jésus ressuscité mange avec ses amis. Et c’est pourquoi son corps ressuscité porte les traces de son histoire violente : les marques de la crucifixion.
La résurrection, ce n’est pas qu’une affaire de corps, cependant. Elle concerne l’être tout entier. Mais rien ne nous dit comment l’être ressuscite, ni quelle forme prend cet être. Il faut bien avouer que nous naviguons dans les sphères de l’imaginaire : personne n’a jamais vécu ces choses.
Et Jésus, me direz-vous ? Oui, on dit que Jésus a été ressuscité. C’est une des croyances les plus importantes de la foi chrétienne, si ce n’est la plus importante. Mais que signifie la résurrection du Christ ? Pour certaines personnes, son corps a été réanimé, pour d’autres personnes, il s’agit d’une métaphore très puissante pour dire que la mort n’a pas le dernier mot.
Si nous lisons la résurrection de manière littéraliste, la question de l’âge et de la santé de la personne ressuscitée perdure. Si nous la lisons de manière métaphorique, ce sont d’autres perspectives qui s’ouvrent à nous.
L’après-vie
Généralement, je dis que la personne qui meurt rejoint directement le coeur de Dieu. Je précise même que la personne ne prend pas le temps d’admirer le paysage : elle intègre la toute-lumière, le tout-amour, ce qui la transforme instantanément.
J’imagine qu’elle garde son individualité (son histoire, notamment, et le souvenir des choses vécues) mais qu’en même temps, l’amour balaye toutes les rancunes, les remords, la culpabilité et les haines. Bref, j’imagine une version idéalisée de moi-même, une fois que je serai mort. Mais je le redis : il s’agit d’une croyance, et ça ne vaut pas grand-chose au regard des certitudes que vous cherchez en me posant la question.
Et j’avoue que pour le moment, je n’arrive pas à faire le lien entre cette idée de l’après-vie et la résurrection, à laquelle je tiens. Car bien que croyant en la résurrection et en sa nécessité (c’est-à-dire à la mort de l’être tout entier), je prêche un accès direct à la vie auprès de Dieu, sans transition. C’est une incohérence que je porte. J’y pense souvent, mais pour le moment mon cerveau ne résout pas l’équation.
Néanmoins, une piste m’intéresse, si je relis les textes un peu plus globalement. Ce qu’on appelle « le coeur de Dieu », ce pourrait être un lieu de repos : un lieu où nos êtres sont endormis, en attendant la résurrection. Et lorsque tout sera achevé, nous vivrons la résurrection, qui nous fera vivre une vie active dans une autre réalité, où le mal fondamental aura disparu. Où nous serons les mêmes (avec toute notre histoire et notre individualité), mais sans le mal. Nous, en version divine, si vous voulez. Puisqu’alors, nous ferons « un » avec Dieu.
Bien sûr, certaines théologies vont parler de l’enfer, ou du purgatoire, on va dire que certains rejoignent le coeur de Dieu, mais d’autres ne le rejoignent pas… C’est une affaire d’appréciation et je ne discute pas de cela : pour moi, Dieu est amour, et comme le disait à peu près Jacques Ellul, je le cite de mémoire : « Pour moi, au jugement dernier, Dieu fera grâce à tous, car Dieu est un dieu de grâce. Je m’étonne que les chrétiens tiennent à l’enfer, c’est marrant ». Ecoutez-le dans ce documentaire très intéressant, à 1h13m45s (durée : 1m30 environ) :
Dans l’après-vie, est-ce que nous retrouverons nos proches ? Les personnes que nous avons aimées, les reconnaîtrons-nous ?
La grande réunion
Encore une fois, la Bible ne dit rien de ces choses, en tout cas, pas de manière précise, parce que la Bible, même si elle contient des croyances, cherche aussi à être la plus sobre possible concernant les choses que nous ne pouvons pas connaître. Nulle part elle ne décrit l’après-vie, sinon par le biais d’images, de métaphores (comme par exemple un grand repas de fête que nous prendrons ensemble, avec beaucoup de vin… ou comme un grand mariage, au cours duquel il y a une très grande fête…). Mais elle ne dit pas : « Ca se passera comme ceci, et vous serez comme cela ».
Non. Des métaphores, rien que des métaphores, pour parler de quelque chose d’indicible. Et l’image que je préfère, c’est celle que l’apôtre Paul utilise : il nous parle de notre vie actuelle comme d’une graine.
Quelqu’un dira : Comment les morts se réveillent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ? Homme déraisonnable ! Ce que tu sèmes toi-même n’est pas rendu vivant sans mourir. Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, c’est une simple graine, un grain de blé peut-être, ou une autre semence ; puis Dieu lui donne un corps comme il le veut ; à chaque semence il donne un corps qui lui est propre. (1 Corinthiens 15.35-38)
Quand la graine est mise en terre (quand elle meurt, donc), elle se désintègre avant de donner naissance à un jeune plant. Et la plante qui pousse ne ressemble en rien à la graine qu’elle était. La plante était contenue dans la graine, mais personne n’aurait pu imaginer qu’une telle plante allait sortir d’elle. Et cette plante, ça peut devenir un arbre gigantesque !
Je trouve que c’est une très belle métaphore de la mort : on ne peut pas savoir ce qui va se passer, mais tout est déjà là, en nous, en potentiel.
Et on peut se demander si nous retrouverons les personnes que nous aimons. Eh bien je n’en sais rien, mais je crois que oui. Parce que si nous allons tous rejoindre l’amour infini, alors… nous y serons tous ! Et donc les personnes que j’ai aimées y seront aussi. Et les personnes que je n’ai pas aimées… y seront aussi. D’ailleurs. Mais comme dit, je crois qu’il n’y aura plus de rancune, plus de regrets ou de remords, rien que de l’amour. J’y reconnaîtrais les miens, mais je ne rejetterai pas les autres.
Et de toute façon, la vie n’aura plus rien à voir avec ce que nous aurons vécu ici-bas : quelle rapport entre ce que vit une graine et ce que vit un arbre ? C’est comme cette histoire où on vient demander à Jésus : « Cette femme a eu 7 maris. A la résurrection, avec qui sera-t-elle mariée ? » Jésus répond simplement que ceux qui posent cette question sont à côté de la plaque. Ils ne comprennent pas ce que signifie la vie après la mort, ni ce que signifie la résurrection. Et vous savez quoi ? Nous non plus, et c’est très bien ainsi.
Dire l’inconnu
Dans tous les cas, je ne le répèterai jamais assez, nous parlons là de ce que nous ne pouvons pas connaître. Nous ne parlons pas tout-à-fait dans le vide, mais il est certain que nous ne savons pas ce qui se passe lorsque nous mourons. Pire : non seulement nous ne le savons pas, mais à mon avis nous ne pouvons même pas entrevoir ces choses. Notre imagination peut faire un très beau travail, mais nous sommes à mille lieues d’imaginer ce qui va vraiment se passer.
C’est la raison pour laquelle nous utilisons des images pour parler de ces choses.
Le grand repas, le grand mariage, et l’expression « rejoindre le coeur de Dieu » sont de très belles images qui noous font penser à une grande joie, un grand bonheur éternel, une fête et un grand bain d’amour. C’est très beau, et ça me fait du bien de me dire que toute la misère actuelle, avec ses souffrances, ses guerres et ses atrocités, un jour connaîtra la fin. Mais c’est comme quand les révolutionnaires parlent du « Grand Soir » : ça ne dit rien de ce que nous allons vivre après. Ni même si nous allons parvenir à vivre quelque chose après. Nous sommes dans le registre de l’espérance, et ce n’est pas une base solide sur laquelle nous pouvons nous appuyer.
Nous voilà bien avancés…
Je sais que mon article ne répond pas à la question. Je sais bien que ça ne rassure pas celles et ceux qui s’inquiètent de savoir si leur proche est bien arrivé à bon port, ou même s’ils vont pouvoir revivre des moments ensemble. D’un point de vue objectif, on ne peut rien savoir de ce qui se passe après cette vie. C’est notre imaginaire qui seul peut répondre à ces questions, et nous sentons bien que ça ne repose sur pas grand-chose de solide. La Bible elle-même ne donne pas d’indications : elle affirme juste haut et fort que la mort n’est pas la fin. Et même ça, c’est une affaire de croyances. Mais je l’avoue : c’est mon espérance.
Et pourtant, l’idée de la mort comme étant la fin de tout ne m’effraye pas. C’est d’ailleurs l’option qui aurait ma préférence, personnellement : que tout s’arrête vraiment, une fois cette vie passée, voilà qui me ferait plaisir. Car je trouve bien que tout ait une fin. Une vraie fin. Le problème, c’est que cette perspective de cadre pas avec la foi qui m’habite, et je chemine intérieurement entre deux eaux. En un mot : je doute, même de mes doutes.
Vraiment, s’il n’y avait rien après, ça ne viendrait pas perturber la foi qui m’habite. Parce qu’à mes yeux, ce qui est vraiment important, ce n’est pas ce qui va se passer après, c’est plutôt la manière dont la foi change mon rapport au monde, ici et maintenant. Je suis convaincu que la foi a des implications concrètes dans ma vie, et les enseignements de Jésus me semblent à ce titre très profonds : ce que Dieu nous donne (comme joie de vivre, comme subsistance aussi, mais nous pouvons encore parler des relations, des apprentissages, etc.), bref tout ce dont nous pouvons profiter pour vivre une vie bonne, nous devons le partager avec d’autres.
Ce partage n’est pas le fruit d’une morale ou d’une grande bonté d’âme. Ca n’empêche pas la morale ou la bonté d’âme. Mais ce n’est pas ça. Dieu a voulu libérer l’être humain (voire l’univers entier) de la puissance du péché. Et le péché, c’est la racine de notre aliénation – individuelle et collective. Le péché, par exemple, c’est le racisme qui m’habite. Alors même que je refuse le racisme, mon comportement est guidé par des stéréotypes qui sont induits par une structure sociale donnée, qui fait qu’intuitivement, je vais davantage faire confiance à une personne qui me ressemble qu’à une personne qui me ressemble moins.
Et la foi vient percuter mon racisme, comme pour dire : « Maintenant que tu sais que tu es raciste comme les autres, agis différemment ».
Bref, la foi a des conséquences pratiques (et politiques – je ne parle pas d’élections ou de partis, là, je parle de vivre ensemble et des structures qui organisent le vivre ensemble) dans l’ici et le maintenant. Et dans cette perspective, l’après-vie ne me préoccupe pas vraiment.
Mais nous avançons !
Pourtant, je suis pasteur, et à ce titre non seulement je dois réfléchir honnêtement aux questions qu’on me pose, mais en plus je ne peux pas faire comme si la Bible (qui est le grand livre de l’Eglise chrétienne) ne parlait pas du tout de ce qui se passe après cette vie. Ce serait malhonnête. Donc cette question, je la traverse, mais elle n’est pas pour moi d’une imporance capitale.
En revanche, je comprends que pour des personnes qui sont dans le deuil, et qui souffrent de la perte d’un être cher, ces questions sont piquantes. Et je suis désolé de ne pas pouvoir apporter une réponse qui soit satisfaisante. Désolé aussi de devoir dire : si quelqu’un apportait une réponse « certaine », en disant « voici comment ça va se passer », méfiez-vous. Car personne n’est revenu de là-bas pour nous dire comment ça se passe. La manipulation n’est jamais très loin de ce genre de certitudes.
Cependant, je n’ai aucune difficulté à le dire : je ne sais pas, mais voici ce que je crois, voici ce que j’espère. Car comme il s’agit de notre imaginaire (et l’imaginaire ce n’est pas forcément du délire, ce peut être quelque chose de très beau et de très raisonnable), comme il s’agit d’un récit, qui va nous influencer dans la manière concrète dont nous allons vivre notre vie, nous pouvons rêver de ce que sera la vie après la mort, si nous avons l’honnêteté de dire (et de nous souvenir) que ce que nous imaginons et espérons n’est pas ce qui sera, mais que c’est la projection de nos espérances les plus belles.
Après tout, quel mal y a-t-il à cela, si nous n’imposons pas nos rêves aux autres ?

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Comments (1)
Dominique Marielle
29 novembre 2025 at 08:59
Merci pour ce partage.
Bon rétablissement. Amicalement.