Judas de Pâques
En cette période de Pâques, je vais vous parler de la manière dont Judas a vécu la mise à mort de Jésus. C’est ce que j’ai osé appeler le « Judas de Pâques ». Nous allons donc nous inspirer de ce personnage. Enfin, nous en inspirer… ce n’est peut-être pas le bon terme. Quoi que, le récit concernant Judas peut nous inspirer, bref, je ne veux pas vous embrouiller, arrêtons de tergiverser et allons droit au but !
Judas : une approche
Pas si vite… On ne va pas droit au but comme ça. Il faut d’abord présenter le personnage.
Surtout ne jamais se dire que tout le monde sait qui est Judas, parce que nous avons d’une part des personnes qui ne connaissent pas du tout le personnage ou l’histoire, et d’autre part nous sommes remplis de préjugés à l’égard des personnages bibliques, et c’est lié à plus de 2000 ans de christianisme et de discours pré-établis, qui façonnent notre manière de lire ces récits.
Alors en quelques mots, je vais vous énoncer quelques faits bibliques concernant Judas, avant de commenter la condamnation à mort de Jésus et – du coup – la mort de Judas. Je ne vais pas entrer dans les grandes spéculations autour du personnage de Judas, ce serait très intéressant de le faire, mais mon objectif ce matin c’est uniquement de dire ce que la Bible dit, et d’en tirer des leçons pour nous, disciples d’aujourd’hui.
Une étude plus poussée de ce personnage complexe est disponible ici. C’est intéressant à lire (je me lance des fleurs) mais ça ne vous exempte pas de lire le message ci-dessous, bien évidemment !!!
Judas : un personnage
Judas est un homme qu’on appelle Iscariote. Nous avons là un premier problème, parce que nous ne savons pas avec exactitude ce que Iscariote signifie. Ça peut vouloir dire « homme de Carioth », qui serait une localité située soit dans la province de Moab, soit dans la province de Juda.
Mais Iscariote ça peut aussi vouloir dire « celui qui est faux », ou encore le sicaire (c’est-à-dire le tueur à gages). Aucune certitude en tout cas sur ce que ce terme signifie pour les évangélistes, d’autant que la Bible comme l’imaginaire des chrétiens a su développer ces trois significations.
Il est le fils d’un homme appelé Simon, il fait partie des Douze, et dans les listes des Douze il est toujours cité en dernier, avec une mention spéciale : « celui qui a livré Jésus » (il aurait sans doute préféré une mention « très bien » mais ça n’a pas marché comme il a voulu).
Les récits donnent deux motifs à sa trahison : l’amour de l’argent et l’action de Satan dans son cœur. Et concernant sa mort, Matthieu dit qu’il s’est pendu, alors que le livre des Actes décrit une autre mort, que je ne vais pas décrire ici, parce que c’est Pâques et que c’est déjà pas facile comme sujet. Si vous voulez comprendre ce que je dis concernant la manière dont l’auteur des Actes parle de la mort de Judas, je vous invite à lire ce qui est écrit dans actes 1.18.

Judas : des faits
Parmi les faits concernant Judas, on peut dire que les évangélistes l’accusent d’aimer tellement l’argent qu’il piquait dans la caisse. L’a-t-il vraiment fait, on n’en sait rien mais le fait est que les évangélistes l’accusent.
Moi, je me demande quand-même pourquoi Jésus lui a donné comme mission d’être le trésorier du groupe, vous voyez ? Je veux dire que nous, en tant que paroisse, il ne nous viendrait jamais à l’idée de confier la trésorerie à un voleur notoire. Donc soit Jésus aime bien prendre des risques, soit les disciples ont voulu montrer à quel point Judas était mauvais à leurs yeux.
Ils en ont peut-être un peu rajouté.
Au point que dans l’évangile selon Jean, Jésus diabolise Judas, disant « l’un de vous est un diable », désignant Judas. C’est du lourd. Je crois qu’on pouvait se sentir coupable, en entendant Jésus parler.
Enfin voilà, Judas est le trésorier de l’équipe, et il paraît qu’il aime l’argent plus que Jésus. D’ailleurs il livre Jésus aux autorités pour trente pièces d’argent.
Vendre l’Agneau de la Pâque (Pt. I)
Tout ça se passe au chapitre 26 de l’évangile selon Matthieu : les autorités religieuses cherchent un moyen d’arrêter Jésus parce qu’il devient vraiment gênant.
En effet, Jésus dit la vérité à des gens qui ne veulent pas l’entendre. Il dit : « ce que vous faites est mal » alors que tout le monde veut se montrer aux autres sous son meilleur aspect.
Vous savez combien paraître est vachement plus important qu’être, dans la société de l’époque. Heureusement, aujourd’hui, ça a bien changé : nous n’avons plus trop envie de paraître. Mais à l’époque, on voulait se faire passer pour qui nous n’étions pas. On faisait le mal, et on faisait croire qu’on faisait le bien. On disait qu’on n’avait pas le choix, parce que tout le monde faisait comme ça. C’est pour ça qu’à l’époque Jésus disait qu’ils étaient hypocrites : ces gens, contrairement à nous, agissaient contre leur conscience.
Alors qu’est-ce qui se passe, quand on agit contre sa conscience et que quelqu’un vient nous dire : « je te vois, derrière ton masque ! Tu dis que tu es super chouette, mais en fait tu es comme tout le monde »… Qu’est-ce qui se passerait, si on vous disait ça à vous, alors que vous, vous n’êtes pas comme ces hypocrites ? Vous seriez vexés ! Ben oui ! Forcément ! Et ça vous mettrait en colère ! En plus, vous vous sentiriez coupables !
Mais comme vous ne pourriez pas l’admettre et que vous ne sauriez pas quoi faire de votre culpabilité, vous auriez envie de donner une bonne leçon à Jésus. Enfin vous, peut-être pas, mais eux, à l’époque, c’est ce qu’ils ont voulu faire. Il fallait mettre un terme à ces dérives, parce que ce Jésus mettait vraiment des bâtons dans les roues.
Le seul moyen d’y mettre un terme, en tout cas le moyen qui semblait le plus efficace, c’était de se débarrasser de Jésus. C’est un peu radical, certes, mais ce Jésus était radical aussi, dans sa manière de toujours dénoncer les gens qui faisaient le mal. Il faut les comprendre, les pauvres ! Ils n’avaient pas le choix : si Jésus ne s’était pas comporté comme ça, ils ne l’auraient jamais fait tuer !

Vendre l’Agneau de la Pâque (Pt. II)
Quand j’aurai fini d’être ainsi interrompu par moi-même, je pourrai poursuivre mon récit. Bon. Les autorités religieuses cherchent à arrêter Jésus. Pour le faire mettre à mort. Le texte dit exactement : « Ils prirent ensemble la décision d’arrêter Jésus par ruse et de le mettre à mort. Ils disaient : ‘Ne l’arrêtons pas pendant la fête, sinon le peuple va se révolter’ ». On voit là toute l’hypocrisie des responsables religieux.
Et c’est là, nous raconte Matthieu, qu’un disciple débarque et leur dit : « Que me donnerez-vous, si je vous livre Jésus ? » Ils ont compté trente pièces d’argent, et ils les lui ont donné. C’est à partir de ce moment que Judas a commencé à chercher une occasion favorable pour leur livrer Jésus.
Après, Jésus prend le repas de la Pâques avec ses disciples, et là il annonce de manière cryptée que Judas va le livrer. C’est à ce moment-là qu’il dit que pour faire mémoire de cette nuit terrible, ses disciples devront prendre le pain et le vin. Judas est parti on ne sait pas trop où, et la troupe file tout droit au jardin de Gethsémané. Là Jésus prie, et Judas revient accompagné d’une foule nombreuse armée d’épées et de bâtons.
Judas embrasse Jésus, et Jésus est arrêté.
Il est emmené devant le grand-prêtre, avec son collège de gens religieux distingués, et tout le monde cherche à le condamner.
Puis on amène Jésus devant Pilate, qui ne sait pas quoi faire de ce prisonnier.
Et au final, Jésus est condamné à mort.
Après, il sera crucifié, c’est une mort atroce, je ne m’étends par sur les détails.
La fin de Judas
Pendant que Jésus est devant Pilate, Judas est pris de remords. Il sent qu’il a fait quelque chose de mal. Il se sent coupable. Alors il retourne vers les religieux et il essaye de leur rendre les 30 pièces d’argent, en disant : « J’ai péché, j’ai livré un innocent à la mort ! » Mais les religieux lui disent : « ça mon gars, c’est ton problème, on s’en fiche pas mal ».
Judas n’a plus d’espérance.
Pourquoi ?
Il existe plein d’hypothèses. Mais pour moi, Judas ne voulait pas voir les conséquences de ses actes. Je le comprends très bien. Quand je fais quelque chose de mal, je ne veux pas voir la réalité en face, moi non plus. Je ne veux pas voir les autres souffrir, quand leur souffrance est la conséquence de mes actes. Je veux fuir.
Judas ne verra pas les souffrances endurées par Jésus sur la croix. Il n’en entendra même pas parler.

Pâques
Je comprends l’acte de Judas quand il se donne la mort, mais je trouve ça tellement dommage. Il ne sait pas que Jésus, après avoir été mis au tombeau, a été ressuscité par Dieu, que la résurrection est la preuve spirituelle que Dieu lui a pardonné sa trahison. Il ne sait pas que Jésus l’aime et lui pardonne.
C’est tellement triste de se donner la mort par désespoir, alors que Dieu nous promet un nouveau départ. Judas manque l’occasion de vivre par la foi, accroché à l’amour de Dieu.
Voici ce que je crois : Judas n’est pas damné, comme on l’a si souvent proclamé. Dans cette mort prématurée, Dieu l’a accompagné de son amour et de son pardon. Rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu. Dans le gouffre de sa culpabilité, l’amour de Dieu est venu toucher l’être de Judas.
En voulant échapper à ses responsabilités, Judas s’est privé de vivre quelque chose de formidable. Il a renoncé au potentiel de Dieu en lui.
C’est dommage, parce que le monde aurait pu être au bénéfice de cette bénédiction, s’il avait accepté les conséquences de ses actes. Mais je comprends.
Ça fait mal d’être responsable. D’assumer ses erreurs. De perdre ses illusions. Judas, le disciple de Jésus, a baissé les bras.
Judas doit nous inspirer à garder notre espérance active, même au fond du gouffre de notre culpabilité.
Prière de Pâques
En ce temps de Pâques, je prie pour que tous les hommes et toutes les femmes de ce monde, de leur naissance à leur mort, vivent en esprit cette annonce de la mort et de la résurrection du Christ.
Je prie pour que nous prenions conscience de nos responsabilités devant Dieu, sans concession, mais dans l’espérance. Que nous assumions notre vie avec tous ses ratés, le plus honnêtement possible, en mettant notre foi dans l’amour que Dieu a démontré à notre égard.
Je prie pour que nous nous laissions transformer, pour que nos vies soient ressuscitées, et pour que nous apprenions, jour après jour, à vivre comme des êtres renouvelés, avec un regard tout neuf sur le monde, le regard d’hommes et de femmes responsables, courageux et entiers. Des hommes et des femmes qui vivent la vie divine, qui vivent la résurrection, qui vivent dans l’Esprit de Dieu.
En ce temps de Pâques, je prie pour que nous soyons la preuve vivante de la résurrection du Christ. Car il n’y a pas d’autre preuve de la résurrection que la manière dont nous vivons dans ce monde.
Amen.

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Comments (4)
Jean-Michel Ulmann
3 avril 2024 at 17:23
Bonjour Lionel,
ta prédication intitulée « Judas de Pâques » est épatante! Elle l’est parce qu’elle m’a fait rire et pleurer, réfléchir et donné espoir, confiance et joie.
Merci.
Joyeuses Pâques encore et toujours.
Fraternellement
Jean-Michel
Lionel Thébaud
4 avril 2024 at 10:37
Cher JMU, tes commentaires sont toujours tellement encourageants ! Ça fait du bien ! Joyeuse Pâques à toi aussi. Que chaque jour te soit présenté comme vraiment neuf !
Jean-Michel Ulmann
4 avril 2024 at 10:41
Je dirais même plus « Neuf de Pâques ». (pardon je n’ai pas résisté à la tentation)
Lionel Thébaud
4 avril 2024 at 10:42
🙂