Un champ de blé aux couleurs du soleil couchant

Pentecôte : la moisson est prête, mais toi?

7 juin 2022Lionel Thébaud

Savais-tu que la fête de Pentecôte tirait son origine des festivités liées au début de la moisson du blé ? Du blé au pain il n’y a que le temps de la préparation, et ça tombe bien : la moisson est prête ! Mais toi, es-tu prêt·e ?

La fête juive de Shavouot, donc, est le moment où l’on célèbre le début de la saison de la moisson du blé, ainsi que le don de la Torah. Shavouot, ça a lieu 50 jours après Pâques… donc voilà, Shavouot, la moisson : c’est Pentecôte !

Mon dernier article était un survol de la première partie du récit de la Samaritaine. J’insistai sur la manière dont Jésus parlait à cette femme. Maintenant, j’aborde la suite, mais il faut que je revienne rapidement sur quelques éléments qui précèdent notre texte et qui sont importants pour aborder la fête de la Pentecôte.

Pentecôte : l’eau et l’Esprit

D’abord, le voyage de Jésus en Samarie fait suite à trois épisodes importants de l’évangile selon Jean :

  • le baptême de Jésus, où Jean voit l’Esprit de Dieu descendre sur lui comme une colombe (l’expression « baptiser dans l’Esprit saint » relie le Saint-Esprit à l’eau) ;

  • le mariage à Cana, au cours duquel Jésus change l’eau en vin (encore une histoire d’eau) ;

  • et le dialogue avec Nicodème, où il est question de naître de nouveau, et où sont convoquées l’image de l’accouchement, avec la perte des eaux, ainsi que cette phrase, magnifique, de Jésus :

L’Esprit, comme le vent, souffle où il veut ;
tu entends le bruit qu’il fait,
mais tu ne sais pas ni d’où il vient ni où il va.
Voilà ce qui se passe pour toute personne qui naît de l’Esprit de Dieu.

Jean 3.8

Les 3 premiers chapitres de Jean ne cessent de parler du baptême d’eau, et de rapprocher symboliquement l’Esprit de Dieu et l’eau.

La rencontre avec la femme de Samarie parle de puits, d’eau, et d’eau vive, ainsi que de l’Esprit, puisque Jésus lui dit que Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent le fassent par l’Esprit qui conduit à la vérité.

Tu noteras que, ici encore, quand on évoque l’eau, on évoque aussi le Saint-Esprit.

Pentecôte, de l’eau à la moisson

Maintenant que le dialogue entre la Samaritaine et Jésus touche à sa fin, les disciples reviennent. Ils étaient partis acheter à manger. Arrive une discussion entre les disciples et Jésus, sur la nourriture.

En gros, ils disent « tu nous as envoyé chercher à manger mais tu n’avales rien ! Tu exagères », et là Jésus répond « oui j’avais faim et j’étais fatigué, mais au final, j’ai remarqué que ma vraie nourriture se trouve ailleurs : je me nourris quand je fais la volonté du Père ».

Autrement dit : cette femme est arrivée et Jésus a dû témoigner de sa foi et de sa mission, parce que c’est pour ça que le Père l’a envoyé. Et voilà Jésus qui passe de cette histoire de nourriture (et bibliquement, quand on parle de nourriture, on pense au pain) à la moisson.

Attendez, moisson… moisson…

Mais c’est une référence à la fête de Shavouot ! C’est Pentecôte !

On avance toujours dans le champ sémantique, avec la bible : on commence avec l’eau, puis on passe au pain, et là encore, c’est pour parler de la réception de l’Esprit et de ses conséquences dans notre vie.


Tout est lié – everything is connected -, les rédacteurs savent très bien ce qu’ils font en tissant ce beau texte.

Donc on reçoit le Saint-Esprit, et en même temps, on reçoit une mission : celle de participer à la moisson. Il est encore question du témoignage.

Dieu a envoyé Jésus, et Jésus envoie ses disciples dans la moisson.

L’esprit de Pentecôte c’est l’Esprit qui nous donne le désir (mais aussi la force et le courage) de témoigner.

La Pentecôte insérée dans le récit de la Samaritaine

Dans ce texte, la question de la moisson (donc, la référence à la réception du Saint-Esprit lors de la Pentecôte, voir Actes 2) est insérée comme suit :

Tu le vois, l’Esprit est au cœur du témoignage. En fait, il en est l’agent principal.

Jean fera d’ailleurs dire à Jésus que l’Esprit, quand il viendra, convaincra les gens de péché, de justice et de jugement (16.8). Pour le dire rapidement : ce n’est pas toi qui convainc l’autre, c’est l’Esprit de Dieu. Ce n’est pas toi qui prouves à l’autre que tu as raison, c’est l’Esprit de Dieu qui prouve à l’autre que Dieu l’aime.

Ton rôle n’est pas de convaincre, ça, c’est le rôle de l’Esprit. Toi, tu as juste à témoigner. Et témoigner justement, ce n’est pas harceler ou tendre des pièges à l’autre, c’est respecter son cheminement et simplement répondre aux questions que l’autre pose. Sans rien forcer.

Ainsi, quand on a reçu l’Esprit, on a envie de partager ce qu’on vit avec Dieu.

Attention, ça ne veut pas dire qu’on le fait facilement.

On a peur de partager ce qui est intime. Peur d’être pris pour un fou, une folle, ou d’être vu comme quelqu’un de sectaire. On a peur de ne pas être aimé·e.

Mais le plus gros des problèmes, c’est ce sac-à-dos plein de pierres lourdes que nous portons sans cesse : nous nous sommes persuadé·e·s que non seulement nous devions témoigner contre vents et marées, comme ces représentants en cuisine qui doivent aller de porte en porte pour obtenir leur salaire. Nous croyons que nous devons convaincre les gens et faire d’eux de nouveaux adeptes qui viendront tous les dimanche au culte !

L’obligation de témoigner est un poids inutile

Et moi j’arrive et je te dis : lâche ton sac-à-dos !

Il est inutile !

Tu n’as pas besoin de faire du chiffre ! Tu n’as pas besoin de convaincre l’autre ! Tu as simplement à être là et à répondre aux questions !

Ton salaire ne dépend pas de ton témoignage : il s’agit d’un revenu universel ! Je parle ici du salaire de la grâce, bien entendu.

Cette parole vaut pour toi, qui as peur de dire une bêtise. Elle vaut pour toi qui crois qu’une imprécision ou une erreur peut empêcher Dieu de faire son travail. Elle vaut pour toi qui ne sais pas ce qu’il faut dire. Elle vaut pour toi qui ne comprends pas les textes bibliques.

Mais cette parole vaut aussi pour toi, qui penses savoir ou comprendre. Pour toi, qui veux avoir le dernier mot.

Nous devons apprendre à lâcher du lest. Nous devons mettre de côté ce sac-à-dos rempli de pierres et nous détendre sur la question du témoignage.

En vérité, nous n’avons pas l’obligation de témoigner. C’est plutôt comme… comment dire ?

Le matin, tu te lèves de ton sommeil et tu vas aux toilettes. Puis tu prends ton café (ou ton thé ou je ne sais quoi d’autre). Puis tu manges, parce que tu as faim, ou bien tu ne manges pas, parce que tu n’as pas faim.

Est-ce que c’est un devoir ? Est-ce que, vraiment, tu te sens obligé·e, contraint·e de faire ces choses ?

Non, tu les fais parce que le besoin s’en fait sentir – et peut-être même parce que tu en as envie. C’est la faim. C’est la soif.

Le témoignage est de cet ordre-là.

Pentecôte : sommes-nous prêt·e·s pour la moisson ?

Plus on est décontracté sur cette question, et plus le témoignage est naturel. Tout ce que nous avons à faire, c’est de vivre simplement ce que nous vivons avec Dieu.

Combien de fois on étouffe la flammèche quand on assomme les gens de nos paroles vaines !

Et combien on s’étouffe soi-même quand on n’ose pas ouvrir tel livre parce qu’on a peur que l’autre nous pose des questions à son sujet. Ou quand on n’ose pas vivre en accord avec ce qu’on croit.

Le Saint-Esprit nous enseigne à vivre notre foi simplement, en étant attentifs et attentives aux gens que Dieu met sur notre route, en respectant les autres, mais sans nous soucier du qu’en dira-t-on.

Soyons rempli·e·s de l’Esprit de Pentecôte, et n’hésitons pas à vivre notre foi là où nous sommes, naturellement, sans (nous) forcer. Ne soyons ni timides, ni brutaux. Vivons notre témoignage comme une soif plutôt que comme un devoir.

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