Lettre lue à A. et C. au moment de leur bénédiction de mariage : l’amour est un don éternel

7 septembre 2021Lionel Thébaud

Ce qui suit est le texte du message donné lors de la bénédiction de mariage de A. et C., donnée en l’église d’Ablis (cérémonie catholique, prédication protestante).

 

Parmi les dons de Dieu, cherchez à obtenir ce qu’il y a de meilleur.
Et je vais vous indiquer une voie supérieure à toutes les autres.
J’aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel,
si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour,
je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante.
J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu,
et toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien.
J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif,
s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien.
L’amour prend patience ; l’amour rend service ;
l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ;
il ne fait rien de malhonnête ; il ne cherche pas son intérêt ;
il ne s’emporte pas ; il n’entretient aucune rancune ;
il ne se réjouit pas de ce qui est mal ; mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ;
il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout.
L’amour ne passera jamais.

1ère lettre de Paul aux Corinthiens, chapitre 12.31 à 13.8.

Au commencement du monde, quand Dieu créa l’humanité, il les fit homme et femme.
A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère,
il s’attachera à sa femme,
et tous deux ne feront plus qu’un.
Ainsi, ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu’un.
Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas.

Évangile selon Marc, chapitre 10, versets 6 à 9.

 

A. et C. ont eu le désir de célébrer leur mariage de manière œcuménique. Exercice compliqué, puisque pour les catholiques, le mariage est un sacrement, tandis que ce n’est pas le cas pour les protestants. En effet, en protestantisme, c’est devant le maire – c’est-à-dire hier – qu’a eu lieu le mariage proprement dit. Cependant la cérémonie religieuse est importante, puisqu’il s’agit d’une bénédiction prononcée sur les mariés. Il n’est donc pas évident de célébrer un mariage mixte.

Les textes bibliques qui ont été choisis par A. et C. nous parlent d’une part de ce qu’est l’amour selon l’apôtre Paul, et d’autre part de ce qu’est le mariage d’après Jésus. Explorons rapidement ces deux textes, et cherchons à comprendre ce qu’ils peuvent signifier pour nous, aujourd’hui.

 

 

D’abord, l’amour selon Paul.

Notre traduction utilise le mot « amour », mais les anciennes traductions parlaient de « charité ». « Charité » évoque aujourd’hui une attitude condescendante : la personne qui s’estime supérieure fait la charité à la personne qu’elle estime inférieure. Ce mot, dans l’histoire du christianisme, a perdu sa belle vitalité.

Dans le grec du Nouveau Testament c’est un terme qui évoque le partage, la solidarité, le soin que l’on prend les uns envers les autres. Il ne s’agit pas d’un sentiment, il s’agit d’une action. Une action qui naît de l’amour de l’on ressent pour les êtres humains.

La charité pour Paul ce n’est pas juste un mot. Aussi, quand je parlerai d’amour, entendez qu’il s’agit ici simplement de se rendre disponible pour venir en aide à son prochain. Il s’agit, à proprement parler, d’une démonstration d’amour, de l’amour manifesté. Paul ici ne parle donc pas de l’amour comme sentiment, mais il parle d’un amour concret, l’amour du prochain, qui se traduit par des actes.

Quand il écrit sa lettre aux Corinthiens, Paul ne s’adresse pas à des amoureux ni à des couples qui se marient. Il pense à une communauté qui est en conflit et dont les gens qui la composent se crêpent le chignon : moi je pense ceci ! Moi je pense cela ! Aujourd’hui on dirait : le vaccin je suis pour ! Le vaccin je suis contre ! Et ne parlons pas du pass sanitaire ! Et bientôt tout le monde se retrouvera tout seul à penser qu’il a bien raison. C’est dans un contexte très tendu, en fait, que Paul écrit l’un des plus beaux textes de notre Bible sur l’amour du prochain.

Relisons quelques mots de cet hymne à l’amour :

L’amour prend patience.
L’amour rend service.
L’amour ne jalouse pas.
Il ne se vante pas, il ne s’enfle pas d’orgueil.
Il ne fait rien de malhonnête.
Il ne cherche pas son intérêt.
Il ne s’emporte pas.
Il n’entretient pas de rancune.
Il ne se réjouit pas de ce qui est mal.
Il trouve de la joie dans tout ce qui est vrai.
Il supporte tout.
Il endure tout.

Notez qu’il ne s’agit pas de se nier soi-même pour être au service de l’autre. Il ne s’agit pas de s’écraser soi-même ou de se sacrifier. Il s’agit, tout simplement (mais est-ce si simple?) d’être à l’écoute de l’autre, d’être disponible pour l’autre, le plus souvent possible. Il s’agit de lui venir en aide quand il en exprime le besoin. Il s’agit de l’aider à se relever quand il est plus bas que terre. Enfin, il s’agit d’une attitude volontaire : personne ne peut vous obliger à aimer votre prochain. Personne ne peut, au nom de l’amour, vous culpabiliser de ne pas venir en aide à l’autre. Simplement, si vous êtes habité·e·s par l’amour de Dieu, c’est ainsi que vous voulez vous comporter.

On comprend donc que ça ne s’adresse pas aux couples, mais quand-même, les couples peuvent s’en inspirer. Parce que ce texte est universel. Il s’adresse à la communauté des croyants, et les couples font partie de cette communauté. Vous êtes donc invité·e·s à méditer sur ce texte, et à réfléchir à la manière dont il peut résonner dans la vie d’un couple.

 

 

La parole de Jésus s’ancre, elle, dans le texte de la Genèse, où on fait dire à Dieu cette parole : « l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un ». Dans la tradition biblique, Dieu dit cela en regardant les êtres mythologiques que sont Adam et Eve. C’est rigolo, je trouve, qu’il évoque leurs parents… alors qu’ils n’en avaient pas ! Passons.

Ce que Jésus dit ici, c’est que deux personnes, lorsqu’elles sont mariées, doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour rester ensemble. Cette parole de Jésus intervient dans le cadre d’une polémique religieuse sur le divorce, dont je vous épargne les détails. En gros, Jésus dit que si nous divorçons, c’est parce que nous ne savons pas nous aimer. Mais que le projet de Dieu, c’est que le couple soit un signe pour la communauté humaine : le signe de cet amour mutuel qui se penche vers les besoins de l’autre.

C’est, je dirais, la belle idée de Dieu. Et comme toutes les belles idées, elle est inatteignable. Mais nous pouvons avancer vers ce but. Nous pouvons essayer de donner toute l’énergie que nous avons pour vivre une telle communion, dans le couple.

De ce que j’ai compris, c’est bien là le projet d’A. et C.

Parce que ce couple a très bien compris de quoi était fait l’amour évoqué par Paul, et que tous deux ont compris que ce type d’amour est le moteur de leur couple.

Par le mariage, c’est à cela qu’il se sont engagés.

C’est un engagement qui a le parfum de l’éternité, parce que l’amour est éternel : non pas en tant que sentiment amoureux – même si je vous le souhaite, bien évidemment – mais tout ce qui a été partagé par amour, tout ce qui a été donné par amour, tout ce qui a été reçu par amour dans une vie reste un trésor éternel. Parce que l’amour c’est le don, et ce qui a été donné, personne ne peut le reprendre, pas même la mort. On peut perdre nos possessions, mais personne ne peut nous prendre ce que nous avons donné. Non seulement parce que nous ne l’avons plus matériellement, mais aussi parce que personne ne peut faire en sorte que cela n’ait pas été donné.

Ce que vous donnez ne peut pas être effacé.

Ainsi, nous voyons que ces deux textes s’encastrent plutôt bien dans cette cérémonie de bénédiction de mariage. Et au-delà de ça, à moi, ces textes me parlent de l’amour de Dieu pour nous. Dieu nous aime comme ça, d’un amour éternel, d’un amour inconditionnel, d’un amour si fort que rien ne peut le dépasser, et il nous invite à aimer de la même manière. Bien sûr, parfois nous passons à-côté de la vie vivante et vivifiante, en nous préoccupant plus de nous-mêmes que des autres. Parfois nous vivons comme si l’amour n’était pas la chose la plus importante au monde. Et parfois les circonstances de la vie font que nous ne pouvons pas faire ce que notre cœur nous dicte de faire. Mais Dieu nous aime tel·le·s que nous sommes. Dieu traverse nos mauvais moments avec nous. Il est là. Tout près de nous. Il nous soutient. C’est de cette manière qu’il fait preuve d’amour envers nous.

L’autre jour, je suis tombé sur ce passage, en lisant dans les lettres d’amour que Jacques Higelin a écrites lorsqu’il avait 20 ans et qu’il faisait son service militaire. Ce passage m’a beaucoup touché parce que ça va dans le droit fil du message que j’avais préparé pour vous aujourd’hui, je cite : « Si l’on garde jalousement pour soi ce qui nous est donné par la vie, il arrive un jour où, à force d’être rempli de tous ces dons, il ne reste plus la place de rien recevoir. Et toutes ces choses reçues pourrissent en nous, nous intoxiquent, nous étouffent. En nous ouvrant l’un à l’autre, nous pouvons chacun offrir à tous la richesse de nos deux vies, le rayonnement de cet amour » (Jacques Higelin, Lettres d’amour d’un soldat de vingt ans, Grasset & Fasquelle, 1987, p. 76).

A., C., ce que je souhaite pour vous, c’est que Dieu, dans sa manière de nous aimer, soit un exemple sur lequel vous pourrez vous appuyer les jours où ça n’ira pas fort. Contemplez la manière dont Dieu vous aime et vous accueille, mettez de l’énergie à rester à l’écoute l’un de l’autre, et vous serez un couple solide, capable de vraiment aimer les personnes qui croiseront votre chemin.

 

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