Je ne comprends pas qu’on baptise les enfants. Pour moi, le baptême est l’obéissance du croyant à l’appel de Dieu. Du coup, il faut être suffisamment mature (donc pas un bébé) pour y répondre. Peux-tu me dire ce que tu en penses ? (M.A.)

11 février 2021Lionel Thébaud

Jésus était un homme conscient de ce qu’il faisait lorsqu’il s’est fait baptiser par Jean le Baptiseur, d’après les Évangiles. Et les quelques récits de baptêmes contenus dans les textes chrétiens témoignent très souvent du caractère conscient et responsable de la personne qui se fait baptiser. Il est donc bien vrai que le baptême, tel qu’il était pratiqué à l’origine du mouvement chrétien, était majoritairement un baptême de conversion, de décision et d’engagement personnel à entretenir une relation avec Dieu. Car en effet, le Nouveau Testament ne parle pas franchement du baptême des enfants. Cependant, quelques passages peuvent nous stimuler. Par exemple, cette femme, nommée Lydie, que Paul a rencontrée dans la ville de Philippes. La Bible dit :


Elle fut baptisée, ainsi que sa famille.
Actes 16.15.


Puis Paul est mis en prison dans cette ville de Philippes. Suite à un tremblement de terre, la prison est détruite, les prisonniers ses sont enfuis. Restent Paul, Sylvain son compagnon de route, et le gardien de prison, qui craint de se faire punir (à mort) pour avoir laisser s’échapper les prisonniers. Touché par la grâce, le gardien


fut aussitôt baptisé, ainsi que tous les siens.
Actes 16.33.


Plus loin, Paul se retrouve à Corinthe. Là, le dirigeant de la synagogue


crut au Seigneur, ainsi que toute sa famille. Beaucoup de personnes habitant à Corinthe, qui entendaient Paul, crurent aussi et furent baptisées.
Actes 18.8.

Paul, encore lui, dit dans sa première lettre aux Corinthiens :


c’est vrai, j’ai aussi baptisé la famille de Stéphanas.
1 Corinthiens 1.16.


Et le même Paul compare le baptême à la circoncision :


Dans l’union avec lui, vous avez été circoncis, non pas de la circoncision faite par des mains humaines, mais de la circoncision qui vient du Christ et qui nous délivre de notre être pécheur. En effet, quand vous avez été baptisés, vous avez été mis au tombeau avec le Christ, et vous êtes aussi ressuscités avec lui parce que vous avez cru en la puissance de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts.
Colossiens 2.11-12.


On utilise aussi beaucoup l’épisode de la vie de Jésus, où celui-ci prend des enfants en exemple et dit à ses disciples :


Des gens amenaient des enfants à Jésus pour qu’il les touche, mais les disciples leur firent des reproches. Quand Jésus vit cela, il s’indigna et dit à ses disciples : « Laissez les enfants venir à moi ! Ne les en empêchez pas, car le règne de Dieu appartient à ceux qui leur ressemblent. Je vous le déclare, c’est la vérité : celui qui ne reçoit pas le règne de Dieu comme un enfant ne pourra pas y entrer. » Ensuite, il prit les enfants dans ses bras et il les bénit en posant les mains sur eux.
Marc 10.13-16.



Ces exemples nous suggèrent qu’une autre approche du baptême pouvait avoir été pratiquée dans les premières communautés chrétiennes, une approche « familiale » et peut-être pas toujours « confessante ». Les sources les plus anciennes concernant le baptême clairement administré à des enfants datent de la fin du 2ème siècle, mais il est devenu l’usage commun dans l’Église au 3ème siècle. Les Réformateurs ont décidé de maintenir cet usage, tout comme les Catholiques et les Orthodoxes. Pourquoi ? Parce que le baptême des enfants est, d’une part, le témoignage de la tradition chrétienne. Puisque cette tradition n’est pas contraire aux Écritures, les Protestants ont décidé de la garder. D’autre part, Jésus, en Matthieu 28, dit :


Allez donc auprès des gens de tous les peuples et faites d’eux mes disciples ; baptisez-les au nom du Père, du Fils et de l’Esprit saint, et enseignez-leur à pratiquer tout ce que je vous ai commandé. Et sachez-le : je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde.


Luther indique qu’il n’est pas précisé qui devait être baptisé. Il n’y a aucune raison d’exclure les enfants. Ensuite, Calvin fait l’analogie entre la circoncision et le baptême, comme signe qui marque l’alliance entre Dieu et l’être humain, ainsi que l’entrée dans le peuple de Dieu. Je rappelle que la circoncision est la marque, depuis très longtemps, de l’entrée des enfants mâles dans la lignée du peuple choisi par Dieu pour porter son message au monde. En comparant le baptême à la circoncision, Calvin fait du rituel baptismal un signe posé sur l’enfant qui l’intègre à la promesse liée à l’alliance entre Dieu et les êtres humains.





Aujourd’hui, donc, on baptise aussi bien les enfants que les adultes, dans l’Église Protestante Unie de France. Mais on trouve des gens qui ne comprennent pas le baptême pratiqué sur les enfants, et ta question n’est pas une question bête ou isolée : beaucoup se la posent. Beaucoup me la posent. Alors voici comment je vois la situation.

D’abord, le baptême des enfants dit quelque chose de très important. Il dit : Dieu t’aime. Il t’aime alors que tu n’as encore rien pu dire, rien pu penser, rien pu faire. Dieu t’aime, et cela ne dépend pas de toi, de ce que tu es capable ou incapable. Dieu sait que tu feras des erreurs, mais avant que tu en fasses, Dieu veut te dire la chose la plus importante qui soit : Dieu t’aime. Pour moi, le baptême des enfants, c’est ça : c’est une parole qui élève l’enfant au statut de fils ou de fille de Dieu. Un amour inconditionnel. Et dans le même temps, c’est une entrée dans la famille spirituelle, qui est l’Église : le pasteur prend l’enfant dans ses bras et le présente à l’assemblée, en disant qu’ici il aura toujours sa place, qu’il sera toujours accueilli, et que cet enfant restera libre de venir ou de partir, d’intégrer ou de quitter, mais que toujours il y aura sa place, que personne ne pourra la lui prendre. Je trouve que c’est un très beau message qui est adressé à l’enfant, ainsi qu’à sa famille.

Pour moi, se faire baptiser, ça ne rapproche pas de Dieu. Le don de l’amour de Dieu est totalement gratuit, et c’est précisément ce qui est exprimé dans le baptême des enfants. Le baptême en est le signe, qui n’est en aucun cas une œuvre. En protestantisme, cela signifie qu’on ne mérite pas son baptême, d’une part, mais aussi que le salut ne vient pas du fait qu’on soit baptisé ou non. Quand on se fait baptiser, on n’est pas plus aimé de Dieu que si l’on ne se fait pas baptiser. Et dans le cas des enfants, de toute façon, ceux-ci n’y peuvent rien s’ils se font baptiser. C’est là aussi le signe de la totale gratuité de cet acte.

Lorsque c’est un adulte qui se fait baptiser, la démarche est différente : la personne a le désir de réaliser le baptême parce qu’elle éprouve un manque. D’une part, ça veut dire qu’elle n’a jamais été baptisée (Catholiques, Orthodoxes et Protestants sont tombés d’accord pour dire que le baptême reçu n’est pas un baptême confessionnel, mais un baptême chrétien. Ainsi, depuis 1971, on ne se fait plus baptiser « catholique » ou « protestant » ou « orthodoxe », mais on reçoit le baptême « chrétien », reconnu dans ces sensibilités. La question est parfois plus délicate dans certaines églises évangéliques). D’autre part, ça veut dire que la personne a conscience de la foi qui l’habite, et qu’elle désire recevoir le signe de l’amour de Dieu pour elle. En effet, elle sait que Dieu l’aime, mais elle veut exprimer sa reconnaissance par cet acte peu banal. Enfin, elle veut montrer par cet acte son intégration à l’Église. J’aime comparer le baptême avec le mariage : le couple existe avant le mariage. Il s’aime avant de se marier. Peut-être même le couple a-t-il fondé une famille avant de se marier – dans presque tous les cas, des relations familiales se sont développées. Ainsi, l’intimité et la vie commune existaient avant le mariage. Le mariage en ce sens ne change rien à ce qui fait le couple. De la même manière, le baptême ne change rien à la relation que la personne entretient avec Dieu, et parfois même avec la communauté. Mais il est un signe, visible, qui aide à avancer sur le chemin de la foi.

Au final, le baptême exprime à la fois l’expression d’un amour divin qui devance la décision humaine, et la réponse de l’être humain à cet amour. Dans tous les cas, le baptême est un rite de passage qui marque l’entrée dans l’Église. Mais surtout, le baptême est une affaire personnelle : la·le pasteur·e se doit d’accompagner le cheminement spirituel de la personne (ou de la famille) pour déceler ce qu’exprime le désir du baptême.



Comments (2)

  • Richard NINEY

    16 février 2021 at 12:08

    Personnellement, Je ne sus pas d’accord avec le baptême des enfants, et je l’estime non scripturaire. Nul part dans les citations de familles baptisées, il n’est fait mention d’enfants en bas âge. Jésus dit « celui qui CROIRA et sera baptisé sera sauvé ». La pratique type catholique fait croire que le baptême fait entrer dans l’Eglise, ce qui est faux, c’est la FOI qui fait entrer dans le corps de Christ. Ainsi des personnes nombreuses hélas, ont une fausse sécurité pour maintenir une tradition sans signification réelle. Dire que le baptême est un acte gratuit est une évidence puisque dans tout ce qui est la vie chrétienne , tout est gratuit. MAIS le Seigneur réclame que nous mourrions à nous même et que nous vivions en Christ. Le moment du vrai baptême est une adhésion à ce programme qui va durer toute la vie!

    1. Lionel Thébaud

      16 février 2021 at 20:15

      Je comprends votre position.
      Sur l’aspect « non scripturaire », il y a bien des choses que nous faisons – et ce, dans toutes les Églises ! – qui ne sont pas scripturaires. Par exemple, je suis à peu près certain que vous prenez la Cène avec du pain levé. Alors que nulle part il est stipulé que la Cène – qui soit dit en passant est un repas de Pâques, c’est-à-dire qu’il a lieu une fois l’an, et pas plusieurs fois dans l’année – devait se prendre avec autre chose que du pain azyme (voir l’institution de la Pâque en Exode 12 et 13). Avec une telle lecture, peut-être faudrait-il préférer les hosties à la baguette (et pourquoi pas ? je n’y vois personnellement aucun inconvénient).
      Quand à mourir à soi-même, c’est une lecture sacrificielle que je ne partage pas, mais enfin c’est la votre, et à ce titre, je la respecte ! Je retiens surtout que Dieu nous a donné grâce sur grâce, et qu’il nous a fait cette grâce afin que nous ayons la vie en abondance (et c’est autre chose que de « mourir à soi-même »).
      Fraternellement,

Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Article précédent

Un pas dans la douleur

7 février 2021

Article suivant

Eurêka !

13 février 2021