Un poussin commence à casser la coquille de son oeuf pour sortir

Fête de la résurrection !

17 avril 2022Lionel Thébaud

La fête de la Résurrection ? C’est Pâques, Jésus-Christ est ressuscité, alléluia ! Mais au-delà des histoires que l’on véhicule depuis des siècles, quel peut bien être le sens de la résurrection pour moi, pour toi, pour nous ?

Pour la plupart des gens autour de nous, c’est très bizarre de dire C’est Pâques, Jésus-Christ est ressuscité, alléluia ! Il est ressuscité, ça fait un peu super-héros, à la manière de Hulk qui se transforme quand il est en colère, ou encore à la manière des Pokémon quand ils évoluent.

Une fête de la fiction ?

Quand on n’est pas habité par la foi, quand on ne comprend pas cette histoire de résurrection, on se dit qu’on est en pleine fiction. D’ailleurs, certains n’hésitent pas à écrire crucifixion « cruci-fiction », pour souligner combien ces récits sont étranges aux oreilles des gens qui nous entourent.

La lecture à la lettre des récits de miracles favorise l’incrédulité : Jésus qui marche sur l’eau, qui arrête la tempête, qui change l’eau en vin, qui multiplie les pains, etc. Mais nous le savons bien, ces textes disent plus que ce qu’ils disent. Ils montrent autre chose. Il nous invitent à interpréter pour donner du sens à notre vie.

La Bible c’est pas pour les fainéants. C’est pas pour les gens qui ne veulent que consommer : « dis-moi ce que je dois croire et je serai chrétien », ce n’est pas le chemin de la foi. Le chemin de la foi c’est de chercher et de se laisser toucher par le sens que le texte nous envoie.

Et Pâques, c’est sans aucun doute le point de départ de ce chemin.

C’est à Pâques que tout commence, et ça commence par une impossibilité physique : aucune personne déjà morte ne peut ressusciter.

La résurrection du Christ et ses apparitions

Dans les Évangiles, le Christ serait apparu trois jours après sa mise au tombeau. Ils témoignent d’une résurrection physique, puisque Jésus mange et boit avec ses disciples. Ils décrivent une expérience spirituelle ici, et ils décrivent cette expérience spirituelle avec les mots et le langage de leur époque.

Jésus meurt, il est mis au tombeau.

Trois jours après il ressuscite.

Quarante jours après il monte au ciel.

Dix jours après le Saint-Esprit descend sur les 120 disciples réunis dans la chambre haute.

Désolé pour celles et ceux qui ne connaissaient pas la suite, je ne voulais pas spoiler.

Mais Paul dit dans ses lettres que Jésus-Christ lui est apparu.

Comment Jésus a-t-il pu apparaître à Paul alors que lorsque Paul se convertit, Jésus est déjà remonté au ciel ? Paul ne parle jamais de résurrection physique. Quand Paul rencontre Jésus-Christ, il n’a pas affaire au corps de Jésus. Il entend une voix, il voit une lumière qui le rend aveugle, et c’est tout.

Résurrection ou tombeau vide ?

Quand on étudie les textes, on se rend compte que les lettres de Paul ont été écrites avant que les évangiles aient été écrits. Les récits évangéliques des apparitions de Jésus en chair et en os ont donc été écrits après les lettres de Paul.

Le seul élément qui soit vraiment commun à Paul et aux évangiles, c’est le tombeau vide. C’est un élément sur lequel on peut s’appuyer solidement : le tombeau était vide.

Ça veut dire qu’il ne faut pas chercher la présence du Christ dans un lieu particulier, dans un cimetière, ou dans un tombeau. Les lieux ne sont pas magiques. Pas la peine de rendre un culte comme ça se pratiquait à l’époque, et comme ça se pratique encore aujourd’hui, où on croit qu’en priant sur une tombe on va recevoir une guérison ou un miracle.

Jésus est à chercher non pas dans un lieu terrestre, mais il est à chercher dans ce qu’on appelle « le ciel » : il est à chercher spirituellement.

Ce qui est important dans nos récits, ce n’est pas de savoir comment Jésus est apparu à l’époque. Les personnes qui croient aux miracles peuvent se nourrir de ce récit, les autres peuvent simplement prendre ce récit comme une parabole. Ce n’est pas ce qui est important.

Ce qui est important, c’est de comprendre comment Jésus peut être présent et vivant pour nous aujourd’hui.

Si Jésus est vivant aujourd’hui, c’est spirituellement qu’il est vivant. Pas physiquement.

Et le Nouveau Testament aime rappeler que le corps de Jésus-Christ, c’est l’Église, c’est-à-dire nous, toi, moi, lui, elle… nous, lorsque nous sommes assemblé·e·s.

Lettre de Paul aux Collossiens (3.1-4)

Puisque vous avez été ramenés de la mort à la vie avec le Christ,
recherchez alors les choses qui sont au ciel,
à où le Christ siège à la droite de Dieu.
Préoccupez-vous de ce qui est là-haut,
et non de ce qui est sur la terre.
Car vous êtes morts,
et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu.
Votre véritable vie,
c’est le Christ !
Quand il paraîtra, alors vous paraîtrez aussi avec lui,
en participant à sa gloire.

Ressuscités = morts avec le Christ

Dans la lettre aux Colossiens, Paul dit que par le baptême, nous sommes « morts avec le Christ ».

Le baptême c’est en effet le symbole de notre mort, et nous voyons cela bien mieux lorsque le baptême est donné par immersion : le corps est entièrement plongé dans l’eau, avant de ressortir – symbole de la résurrection. C’est ce ue symbolise le baptême par aspertion, que nous pratiquons : nous sommes morts, c’est une manière de dire que notre vie sans Dieu est morte.

Ça veut dire que nous considérons que vivre avec Dieu c’est donner du sens à notre vie. Jésus est mort, parce que son message d’amour plus fort que toutes les lois n’a pas plu.

Ce message d’amour et de liberté est très très énervant.

On le voit aujourd’hui : quand quelqu’un prend des libertés par rapport aux normes sociales, tout le monde s’énerve. Sur les réseaux sociaux c’est très net. Nous aimons bien les lois, parce qu’elles forcent les autres à faire ce que nous voudrions qu’ils fassent.

Mais Jésus est mort parce qu’il ne pouvait pas se conformer aux attentes du monde.

Et nous sommes morts avec lui, parce que nous ne pouvons pas, nous non plus, nous conformer aux attentes du monde.

La résurrection pour nous

Il est ressuscité pour nous dire non seulement que la mort n’a pas le dernier mot, mais aussi que c’est à travers nous que Dieu agit dans le monde. Comme dit, le Christ n’est plus à trouver ici, ou là, dans un endroit précis, mais il est partout où se trouve une personne habitée par l’Esprit de Dieu.

Si nous agissons, ce n’est pas parce qu’on nous dit qu’il faut agir.

Nous agissons parce que l’Esprit de Dieu nous pousse à l’action, et cette action est libre – ou plutôt : doit être libre – des influences extérieures.

Bien sûr que la marche du monde nous touche, mais elle ne doit pas nous dire quoi faire. La peur des autres ne doit pas influencer nos décisions. C’est la relation que nous avons avec Dieu qui influence nos décisions – et cette relation est une relation libre.

Personne n’a le droit de nous dire : « voici ce que tu dois faire ».

La Résurrection comme une fête

Voilà ce que j’entends quand Paul dit : « Puisque vous avez étés rappelés de la mort à la vie avec le Christ, recherchez alors les choses qui sont au ciel ».

Nous avons à rechercher les choses spirituelles.

Dans les choix concrets que nous faisons, nous devons chercher à être pleins de l’Esprit de Dieu, pleins de son amour.

Je vais jouer avec des ami·e·s ? Le Saint-Esprit va m’influencer dans la manière dont je vais leur montrer que je les aime. Je ne leur dirai pas tout ce qui me passe par la tête.

Je dois faire des courses ? Le Saint-Esprit va me rappeler que la manière dont je dépense mon argent a une influence concrète sur la vie des gens qui travaillent. Ça va m’aider à faire des choix concrets, au regard de l’argent que je gagne, et je vais essayer de mieux le dépenser.

Je me suis disputé avec quelqu’un ? Je vais essayer de nous réconcilier, et le Saint-Esprit va m’aider à reconnaître mes torts, si j’en ai. Il va m’aider aussi à ne pas prendre sur moi toute la faute de la dispute, mais à dire les choses avec amour et avec respect.

Nos comportements doivent être imprégnés de l’Esprit de Dieu. Et ainsi, c’est certain, nous ferons la volonté de Dieu.

Ainsi, nous fêterons la Résurrection.

Ressusciter pour le Royaume

Ça ne veut pas dire que nous nous comporterons tous et toutes de la même manière.

Ça veut dire que ce que nous faisons, nous le faisons dans le cadre de notre relation personnelle avec Dieu. Ça veut dire que ce que nous faisons, nous cherchons à le faire dans l’obéissance de ce qu’il nous met à cœur.

C’est le Royaume.

Tout ce qui va dans le sens de l’amour, de la paix et de la joie donnés par le Saint-Esprit va dans le sens du Royaume.

Voilà l’effet de la résurrection dans nos vies : nous nous attachons aux choses d’en-haut.

Ne vous y trompez pas : ces choses d’en-haut ont des répercutions ici sur terre. Quand je recherche le Royaume, mon comportement change. Quand je recherche les choses d’en-haut, je cherche à les faire descendre sur terre : sur la terre comme au ciel !

Je deviens un acteur de la grâce, je cherche à rendre ce monde un peu meilleur, je cherche à libérer les personnes opprimées. Etc.

La résurrection du Christ, c’est notre résurrection. Et notre résurrection, c’est le signe que nous sommes libéré·e·s pour faire ce qui est bien.

Vivons donc comme des personnes ressuscitées, parce que le Christ est vraiment ressuscité !

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