Où chercher Dieu ?

13 janvier 2021Lionel Thébaud

Allons ! vous tous qui avez soif, voici de l’eau, venez !
Même si vous n’avez pas d’argent, venez !
Prenez de quoi manger, c’est gratuit ;
achetez du vin ou du lait, c’est pour rien.
Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas,
pourquoi vous donner du mal pour ce qui ne rassasie pas ?
Écoutez-moi bien, et vous mangerez ce qui est bon, vous vous régalerez de ce qu’il y a de meilleur.
Accordez-moi votre attention et venez à moi.
Écoutez-moi, et vous vivrez.
« Je conclus avec vous une alliance pour toujours, dit le Seigneur,
et vous accorderai les bienfaits que j’avais assurés à David :
Face aux peuples, j’avais fait de lui un témoin de mon pouvoir,
je l’avais établi comme un chef et un maître pour les peuples.
Eh bien toi aussi, Israël, tu lanceras un appel à des étrangers,
des inconnus,
et ces gens qui t’ignoraient accourront vers toi.
Ils viendront à cause de moi,
le Seigneur ton Dieu, le Dieu saint d’Israël,
qui t’accorde cet honneur. »
Recherchez le Seigneur, maintenant qu’il se laisse trouver.
Faites appel à lui, maintenant qu’il est près de vous.
Que la personne méchante renonce à ses pratiques !
Que l’individu malveillant renonce à ses pensées !
Qu’il revienne au Seigneur, car il aura de la tendresse pour lui !
Qu’il revienne à notre Dieu, car il accorde un large pardon !
« En effet, dit le Seigneur, ce que je pense n’a rien de commun avec ce que vous pensez,
et vos façons d’agir n’ont rien de commun avec les miennes.
Il y a autant de distance entre ma façon d’agir et la vôtre,
entre ce que je pense et ce que vous pensez,
qu’entre les cieux et la terre.
La pluie et la neige tombent des cieux,
mais elles n’y retournent pas sans avoir arrosé la terre,
sans l’avoir rendue fertile,
sans avoir fait germer les graines.
Elles procurent ainsi de la semence au semeur et du pain à celui qui a faim.
Eh bien, il en est de même pour la parole qui sort de ma bouche :
elle ne revient pas à moi sans avoir produit d’effet,
sans avoir réalisé ce que je veux,
sans avoir atteint le but que je lui ai fixé. »

Esaïe 55.1-11



Ce texte est magnifique. Comme beaucoup de textes du premier testament, il déborde de l’annonce de l’Évangile. Venez, vous qui avez soif ! Est-ce que vous avez soif ?
Heureux ceux qui ont faim et soif d’un monde juste ! dit Jésus dans les Béatitudes de Matthieu.
Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif : l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle ! dit Jésus au chapitre 4 de l’évangile selon Jean.
Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. Des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur ! dit Jésus au chapitre 7 de l’évangile selon Jean.
Que celui qui a soif vienne ; que celui qui veut de l’eau de la vie la reçoive gratuitement ! dit Jésus dans Apocalypse 22.
Vous le voyez, les rédacteurs du Nouveau Testament se sont inspirés de ce passage d’Esaïe pour parler de ce que Jésus a fait, pour évoquer ce que Jésus nous a montré : Dieu est la source qui renouvelle notre être, il distribue gratuitement la vie vivante et vivifiante. Attention, l’eau de la vie qui vient de Dieu, ce n’est pas de l’eau-de-vie ! Il ne fait pas référence au schnapps alsacien ou au lambig breton !





Non.
Il s’agit vraiment de cette vie sans cesse renouvelée qui coule dans le plus profond de notre être et qui nous permet de devenir plus humains, plus humaines que ce que nous sommes. Pour trouver cette source, il nous faut chercher Dieu, nous dit notre texte.

Chercher Dieu ? Mais où devons-nous le chercher ? Il y a des gens qui cherchent Dieu dans le ciel. Quand l’humanité croyait que le soleil tournait autour de la terre, on croyait que l’univers se limitait à notre galaxie. Dieu devait être au-delà. Nous avons observé que la terre n’était pas le centre de l’univers, puis nous avons vu que l’univers est composé d’un nombre incalculable de galaxies, et que la nôtre est toute petite. Alors Dieu se situe-t-il au-delà de notre galaxie, ou bien au-delà de l’univers ? Où donc est Dieu ? Jésus aurait dit « Notre Père qui est aux cieux ». Mais Dieu se trouve-t-il dans les cieux ? Le psaume 11 dit que Dieu a son trône dans les cieux. Je ne voudrais pas être trop affirmatif, mais j’imagine mal le trône de Dieu – un trône géant – en orbite autour d’une planète quelconque. Je suis obligé d’entendre que ce sont des images, des métaphores, et qu’en réalité Dieu n’est pas à chercher dans le ciel.





Il y a des gens qui cherchent Dieu dans les lieux sacrés. Vous savez, ces lieux où l’on fabrique des objets (statues, statuettes, fontaines…) ou bien des lieux où l’on trouve des éléments sacrés (des arbres, des roches…). On distingue les espaces sacrés des espaces non sacrés, et on imagine que Dieu ne se manifeste que dans les lieux sacrés. Or, nous l’avons vu plusieurs fois, la Bible a l’air de nous dire que, au fond, le seul lieu sacré pour Dieu, c’est ce que la Bible appelle notre cœur, et là aussi il ne s’agit pas de cet organe vital qui propulse le sang à l’intérieur de notre corps, mais il s’agit de notre être intérieur. On n’adore pas mieux Dieu dans un temple, une église qu’en forêt ou dans notre chambre. La qualité de notre adoration vient de l’intention de notre cœur, pas du lieu dans lequel nous décidons d’adorer. Alors oui, nous sommes plus sensibles à certains lieux, car les atmosphères de ces lieux agissent sur nos émotions, ce qui peut faciliter notre adoration. Mais encore une fois, aucun lieu n’est sacré. Dieu n’est pas extérieur à nous-mêmes. Il est caché tout au fond de nous. Il est le fondement de l’être. Et c’est bien là qu’il nous faut le chercher pour le trouver. Des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur. Mon cœur est le lieu où Dieu peut jaillir. C’est pourquoi le proverbe 4.23 de la Bible dit bien : Garde ton cœur plus que tout autre chose, car de lui viennent les sources de la vie. Et Jésus dit, en Matthieu 15 : « ce qui sort de la bouche vient du cœur, et c’est cela qui rend quelqu’un impur. Car de son cœur viennent les mauvaises pensées – voilà ce qui le rend impur ! » Ton cœur, mon cœur, c’est-à-dire ce qu’il y a de plus intime au fond de nous-mêmes, c’est là que tout se joue pour ta vie, pour ma vie.





Dieu donc n’est pas une idole, extérieure, dont nous pouvons nous servir. Il n’est pas une entité que nous pourrions manipuler pour obtenir de lui ce que nous désirons. Nos prières ne sont pas des listes de courses que nous envoyons au Père-Noël. Dieu, c’est tout autre chose. Dieu, c’est Yahweh, ce nom imprononçable pour un juif, nom qui signifie « je suis celui qui est », ou encore « je serai qui je serai ». L’être même. La vie. Dans toute sa richesse. Et l’être n’est pas situé à des années-lumières de nous-mêmes. Il n’est pas inaccessible. Il est plus près de nous que ce que nous imaginons. C’est pourquoi rien ne peut nous séparer de lui : si nous étions séparés, nous ne pourrions plus vivre.

Les personnes qui ont connu Jésus, qui ont vécu avec lui, qui ont marché sur ses routes, de ville en ville, ces personnes ont reconnu que Dieu – ce Dieu de la vie – habitait en lui d’une manière extraordinaire. Dieu s’incarne dans nos vies humaines, et il nous appelle à le laisser jaillir de nous. Il nous appelle à vivre cette habitation. A être, comme il est. Jésus a enseigné ce que ça signifiait, qu’être habité de Dieu. Il nous a montré l’exemple, et il est allé jusqu’au bout de son appel pour que nous comprenions ce que veut dire vivre la vie divine.

La présence de Dieu en nous ne nous appelle pas à nous couper de notre vie quotidienne. Elle ne nous appelle pas à nous séparer de nos semblables… elle nous appelle à déployer notre humanité dans ce qu’elle a de meilleur. Elle nous appelle à partager ce que nous avons pour que l’autre puisse à son tour développer son humanité et trouver Dieu en lui-même. Elle nous appelle à nous entraider et à prendre soin les uns des autres, dans la liberté et dans l’amour. C’est ça : la vie de Dieu en nous nous appelle à aimer. C’est pourquoi Jésus n’accepte pas que ceux qui se sentent forts méprisent les faibles. C’est pourquoi il nous encourage à rester petits, à ne pas chercher à dominer les autres ou à se croire supérieurs. Quand nous voyons quelqu’un en difficulté, nous n’allons pas le charger, l’accuser, le mettre face à ses incapacités : nous allons l’aider, par des paroles encourageantes et des actes concrets. Car Dieu est présent dans chaque souffle vivant que vous croisez. En fait, j’ai lu quelque part que Dieu est un verbe qui a besoin d’être vécu. J’aime beaucoup cette phrase, alors je la répète : Dieu est un verbe qui a besoin d’être vécu.

Alors se rendre compte de ça, c’est changer un peu notre manière de percevoir qui est Dieu. Ma grand-mère me racontait que quand on lui faisait réciter le Notre Père, elle avait du mal avec « donne nous aujourd’hui notre pain quotidien ». Elle disait : « mais non, je ne veux pas du pain, je veux aussi du beurre, du saucisson, du fromage, parce que du pain tout seul c’est pas très bon ». Même si elle exprimait quelque chose d’important, je crois qu’elle avait tort. Je ne suis pas certain que Jésus demande à Dieu de le nourrir physiquement. Ça, c’est le boulot des hommes et des femmes de ce monde que de pourvoir aux besoins naturels des êtres humains. Jésus demande à Dieu de nous nourrir par sa parole, par sa vie féconde en nous, par cet amour qui régénère et qui nous ressuscite chaque jour. Ma grand-mère avait une lecture littérale du pain – mais Dieu ne nous donne pas de saucisson. Dieu nous donne la vie. Jésus dit en Jean 10.10 : « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ». J’en déduis que Dieu ne nous dit pas comment le manipuler – par des prières ou par des gestes magiques. Il nous dit que nous faisons partie de lui, et que nous devons nous imbiber de cette source qu’il fait jaillir en nous. Parce que Dieu se rencontre dans la vie que nous vivons. Et je précise ici, que Dieu se trouve en nous, que nous soyons habité·e·s par la foi ou non. Que nous suivions des rituels religieux ou non. Que nous en ayons conscience ou non. Que nous le sentions ou non. Dieu est là, et chacun·e y a accès. Alors je dis quelque chose d’un peu compliqué là je pense. Parce que d’une part, beaucoup ne trouvent pas leur accès à Dieu, et puis parce que mes paroles ont un accent un peu mystique. J’en ai conscience. Mais il s’agit d’une mystique toute simple : il n’y a pas d’œuvres à faire pour trouver Dieu en nous (c’est une des grandes leçons des Réformateurs). Les exercices spirituels peuvent être utiles pour vous aider à vous concentrer, mais ils ne sont pas un passage obligé. C’est comme les lieux sacrés. Ça peut vous stimuler mais ils n’ont pas de valeur en soi. Il y a des personnes qui parviennent à bien se caler dans l’être sans pour autant avoir une activité que l’on qualifierait de religieuse ou de spirituelle. Et pourtant, ils y parviennent mieux que nous, parfois. Et puis il ne faut surtout pas vous laisser envahir par la culpabilité si jamais vous ne sentez pas Dieu en vous. L’important n’est pas de sentir Dieu – même si ça fait du bien. L’important est de savoir que Dieu vit là, à l’intérieur. C’est comme la respiration : vous n’avez pas toujours conscience de l’air qui circule dans votre corps, et pourtant, il circule. C’est un fait.





Si Dieu est l’être, alors c’est en ayant le courage d’être que nous pouvons glorifier Dieu. Plus nous parviendrons à être pleinement nous-mêmes, plus Dieu sera visible dans nos vies. Ça veut dire être plus en accord avec qui nous sommes à l’intérieur (désolé pour les conventions), et ça veut dire être plus humains, plus humaines. Ça veut aussi dire aider les autres à être qui ils sont, qui elles sont. Ça veut dire renoncer le plus possible à paraître. Si Dieu est amour, alors c’est en nous aimant les uns les autres que nous pouvons glorifier Dieu. Plus nous donnons de l’amour, et plus nous rendons Dieu visible dans nos vies. Parce que c’est dans l’amour que nous expérimentons Dieu.

Alors si vous avez soif, si vous ressentez en vous-même le besoin d’avoir un être intérieur tout neuf, tout propre, un être intérieur guéri… Recherchez le Seigneur, maintenant qu’il se laisse trouver. Faites appel à lui, maintenant qu’il est près de vous. Que la personne méchante renonce à ses pratiques ! Que l’individu malveillant renonce à ses pensées ! Qu’il revienne au Seigneur car il aura de la tendresse pour lui ! Qu’il revienne à notre Dieu, car il accorde un large pardon ! C’est concret. Ça n’exige pas de vous que vous adhériez à un contenu dogmatique ou philosophique. Ça vous invite à entrer en relation. Simplement. En cette nouvelle année, cherchons Dieu. Mettons sa parole en pratique. Devenons ce que Dieu désire que nous devenions : laissons-nous devenir cette image de Dieu qu’il a inscrite en nous. Parce que c’est ce qu’il y a de plus important pour notre vie et pour l’avenir de notre foi chrétienne.

Comments (4)

  • Virginie Korakis

    13 janvier 2021 at 21:38

    Merci encore pour ce texte puissant et riche

  • MERCIER Marcelle

    13 janvier 2021 at 21:49

    Bonsoir , oui j’ai soif de la Parole , cette Parole vivifiante, d’ espérance, de confiance.
    Bravo cher pasteur Lionel , beau texte et belle prédication .
    A très bientot
    Fraternellement

  • Jean-Michel Ulmann

    14 janvier 2021 at 10:53

    Merci Lionel. Belle prédication, nourrissante. Je pense à Matthieu 25 mais aussi à JP Sartre. Non les autres ne sont pas l’enfer. Dieu est à trouver chez on prochain (e). Et à Villon  » Frères humains qui après nous vivez, n’ayez coeurs endurcis… »
    Fraternellement
    jmu

  • denise et bénédicte

    17 janvier 2021 at 17:55

    Bravo Lionel! On te tel pour plus d’explications…

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