Le crocodile

21 août 2020Lionel Thébaud

Voguer sur l’Odet avec ma pagaie mon canoë. Voguer sur l’Odet avec un tas d’amis. Des amis en tas. Innombrables. Je ne connais d’ailleurs personne qui se mettrait en tas. Ou en tout cas pas comme ça. Bref, vogue, vogue, chère troupe, vogue sur l’Odet.

Surgit un crocodile. Crocodile à l’affût. Crocodile qui chasse. Crocodile qui terrorise. La mort assurée.

Petite crique, au bord de l’Odet. C’est tout de même un drôle de rêve, tout cela n’a rien à faire ici, mais il n’est pas temps d’y penser, vite se réfugier, mais où ? Ici, derrière la table de banquet, naturellement. Un banquet préparé avec soin sur la plage de la crique sur les bords de l’Odet. Crocodile enroulé autour d’un canoë. Crocodile-serpent. Crocodile enragé de ne pas pouvoir nous atteindre, nous, réfugiés derrière la table de banquet.

Tu dresses devant moi une table de banquet en face de mes adversaires, tu oins d’huile ma tête et ma coupe déborde.
Psaume 23.5


Mais là, tout-à-coup, je remarque qu’il manque quelqu’un. Oh non, ce pauvre homme n’a pas réussi à rejoindre notre abri, il est pris au piège par le furieux reptile qui se jette sur lui et lui arrache la jambe. Homme-douleur. Le crocodile, lui, lâche la proie pour lécher la flaque de sang. Crocodile-toutou.

Je suis un héros. Je vais aider ce pauvre homme blessé. Je saute par-dessus le banquet convivial et cours épauler l’homme à terre. Le voilà sauvé… mais que m’arrive-t-il ? Arrrgh, le crocodile a attrapé ma jambe, je me rends compte que le pauvre homme blessé, c’était moi, depuis le début ! Je me dégage pour m’enfuir mais il m’a blessé, je sautille et parviens à me mettre hors de sa portée, le pied qui cloche, grâce à l’aide de mon ami valide qui n’est autre que moi-même. En voilà un rêve signifiant !

Le combat que j’ai mené ne m’aura pas laissé sans blessure. Culpabilité, remords, honte, humiliation, mépris… mais au milieu de tout ça, malgré tout, Présence. Assurément.

Le salut est en route.

Petit cadeau, après ce texte intime : un morceau de Jacques Higelin, Crocodaïl. Bonne écoute !


Comments (2)

  • Jean-Michel Ulmann

    21 août 2020 at 18:39

    Ce récit d’un rêve plein de mordant suppose que, souvent je est un autre, un ami qui nous veut du bien .
    Moi de même
    jmu

    1. Lionel Thébaud

      21 août 2020 at 21:37

      Je est un autre, mais ce n’est pas moi.

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