La bénédiction d’être ensemble

31 janvier 2021Lionel Thébaud

Oui, il est bon, il est agréable
pour des frères d’être ensemble !
C’est comme le parfum de l’huile précieuse
versée sur la tête du grand-prêtre Aaron ;
elle descend sur sa barbe,
puis jusqu’au col de son vêtement.
C’est comme la rosée
qui descend du mont Hermon sur les montagnes de Sion.
Car c’est là, à Sion, que le Seigneur
donne sa bénédiction, la vie, pour toujours !


Qu’est-ce qui nous prend de participer au culte, le dimanche matin ? Qu’est-ce qui nous pousse à nous lever, et à venir dans ce temple, ou bien à ouvrir nos ordinateurs pour suivre le culte en visiconférence ? Qu’est-ce qui fait que, au lieu de faire comme tout le monde, c’est-à-dire dormir, nous prélasser, regarder des séries, jouer à des jeux voire même travailler, nous sortons de notre confort et de notre routine pour vivre un moment spécial, avec des gens auxquels nous ne parlerions sans doute pas si nous ne fréquentions pas la paroisse ? Pourquoi sommes-nous ici ? Je vous pose la question pour que vous vous la posiez et que vous trouviez votre propre réponse. Aussi je vous laisse un peu de silence pour que vous sondiez vos cœurs de manière honnête. Je vous pose la question, et vous répondez à l’intérieur de votre cœur. Ne vous hâtez pas de répondre. Ne cherchez pas la réponse qui vous a été apprise au catéchisme, mais cherchez une réponse vraie et sincère, celle qui bout au fond de votre cœur. Pourquoi allez-vous au temple ?

(silence pendant lequel vous réfléchissez à la question posée)


(non, sans rire, jouez le jeu ! ne faites pas genre « ah je vais lire et je vais pas faire silence ». Posez-vous, fermez les yeux, et revenez lire la suite quand vous aurez une réponse.)

(de toute façon, je n’écrirai pas tant que vous n’aurez pas fait l’exercice)

(j’attends…)

(bon tant pis pour vous. Je reprends)

Aujourd’hui, je vous apporte une piste, qui peut-être rejoindra votre réponse. Lorsque nous nous réunissons, nous formons une communauté, que l’on appelle « église ». C’est le rassemblement de celles et ceux qui sont appelés à sortir de la logique du monde. Je ne vais pas vous faire de catéchisme, je ne vais pas vous rappeler les rudiments de la foi. Si vous avez l’impression de ne pas connaître ces rudiments, je compte sur vous pour m’interpeller en laissant un commentaire, par exemple. Si nous nous rassemblons, c’est parce que nous répondons à un désir, voire à un besoin. Si nous venons, c’est parce que nous cherchons quelque chose, et que nous avons conscience de chercher quelque chose. Lorsque nous vivons notre quotidien, nous sommes devant Dieu, sans cesse, puisque Dieu habite en nous, mais lorsque nous nous rassemblons pour le culte, c’est l’assemblée qui se trouve réunie devant Dieu. Nous, ensemble. C’est quelque chose d’assez extraordinaire, quand on y pense. Les gens se réunissent en général pour faire quelque chose ensemble : on prend l’apéro, on mange, on travaille, on joue, on lutte… mais nous, nous venons juste pour être ensemble devant Dieu. Il y a bien, lors de nos rassemblements, des gens qui font : il y a les personnes qui officient, bien sûr, il y a le conseiller de service, il y a les personnes qui se succèdent à la technique, il y a les organistes… – ces personnes ne sont pas là simplement pour être, mais pour permettre à l’assemblée d’être ensemble devant Dieu. Qu’on le veuille ou non, ces personnes sont dans le faire. Mais vous, vous n’avez rien à faire ! Vous vous réunissez, non pas parce que vous avez quelque chose à accomplir, mais parce que vous êtes invité·e·s à vous retrouver, ensemble, devant Dieu. C’est quelque chose de totalement gratuit. C’est tellement gratuit que rien ni personne ne peut vous forcer à venir si vous n’en avez pas le désir. Vous n’avez à cet égard aucune obligation. Mais il faut que vous sachiez que vos frères et vos sœurs se sentent béni·e·s quand vous êtes là. Vos frères et vos sœurs vous attendent – non parce que vous devez être là, mais parce que ça leur fait du bien quand vous y êtes. Et normalement, l’effet attendu, c’est que ça vous fasse du bien d’être ici. Nous ne nous rassemblons pas pour nous faire du mal. Nous ne prenons pas plaisir à nous faire souffrir. L’idée, donc, de nous rassembler, c’est de prendre plaisir en Dieu ensemble, et de prendre plaisir à être ensemble. Il y a là quelque chose d’assez étonnant, parce que nous sommes tellement différents… tellement opposés même, parfois. Et pourtant, nous sommes heureux et heureuses de nous voir et de vivre la liturgie ensemble. Et de nous parler, avant et après le culte.


Oui, il est bon, il est agréable pour des frères et des sœurs d’être ensemble ! C’est comme le parfum de l’huile précieuse versée sur la tête du grand-prêtre Aaron : elle descend sur sa barbe, puis jusqu’au col de son vêtement.


Est-ce que ça vous est déjà arrivé d’aller chez le kiné ? Chez l’osthéo ? Ou simplement de vous faire masser, dans un salon de massage ou par quelqu’un de confiance ? Quand la personne met de l’huile pour vous masser, souvent cette huile est parfumée. C’est un parfum qui envahit toute la pièce et qui reste collé à votre peau pendant plusieurs heures. C’est un parfum qui – même quand ça sent fort – vous fait du bien. C’est agréable. Voilà ce que nos rassemblements devraient nous faire comme impression. Un moment agréable, dont nous gardons la trace pendant plusieurs heures.




Ce moment, que nous vivons ensemble, est une bénédiction. Oui, une bénédiction !


C’est comme la rosée qui descend du mont Hermon sur les montagnes de Sion. Car c’est là, à Sion, que le Seigneur donne sa bénédiction, la vie, pour toujours !


Dans la Bible, la rosée désigne à chaque fois la manière dont Dieu prend soin de sa création, en lui donnant l’eau nécessaire à sa vie. Moïse lui-même chante en Deutéronome 32 ces paroles : Que mes instructions ruissellent comme une pluie bienfaisante, que mes enseignements perlent comme la rosée sur l’herbe des champs. Dans la Kabbale juive, la rosée est importante. D’une part, elle est le signe de la présence de Dieu. Et d’autre part elle évoque la résurrection. Mais dans l’agriculture du Proche Orient, la rosée vient donner aux plantes l’humidité et la fraîcheur, et provoque de nombreux bienfaits aux récoltes. C’est une bénédiction qui aide les végétaux à lutter contre la chaleur et la sécheresse. Est-ce que ça vous parle ? Est-ce que vous entendez que la bénédiction de Dieu est précisément ce qui nous permet de nous tenir debout dans nos contextes difficiles ? Est-ce que vous entendez que nous avons besoin de cette rosée, de cette bénédiction, pour vivre la vie que Dieu nous a donnée ? Eh bien cette bénédiction, à mon sens, c’est ce que nous venons chercher lorsque nous venons dans le rassemblement du dimanche matin. Nous voulons être béni·e·s.

Je suis de ceux qui partent du principe que nous sommes, forcément, béni·e·s. Dieu vit en nous. Nous avons la vie. Et nous, qui sommes des chrétiens et des chrétiennes, nous avons cette grâce de reconnaître que Dieu vit en nous. Nous sommes béni·e·s. La Bible ne cesse de nous rappeler que cette vie divine en nous est une bénédiction qui coule sans jamais s’arrêter. Mais notre existence est difficile. Parfois nous baissons les bras, nous avons besoin d’un petit remontant – et ce n’est pas un remontant alcoolisé qui va résoudre notre problème. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin de venir chercher la bénédiction. En fait, je ne crois pas que Dieu nous bénisse d’une manière particulièrement nouvelle quand nous venons au culte. Mais la bénédiction dont nous bénéficions, c’est que Dieu nous rappelle que nous sommes béni·e·s. En venant, Dieu réveille la bénédiction qui nous habite. Quand nos vies sont secouées et éprouvées, Dieu nous rappelle qu’il est là. Quand nous ne le sentons plus, la communauté que nous formons nous rappelle que Dieu nous aime et vit en nous. Quand nous sommes dans le chagrin et le désespoir, le culte nous rappelle que Dieu nous bénit. Il nous rappelle qu’il ne nous abandonne pas, même si nous ne le sentons pas. Et cette bénédiction, qui nous relève, elle nous est indispensable pour continuer d’être qui nous sommes. C’est ça que nous venons chercher.



Cette bénédiction, Dieu nous invite à la garder précieusement dans nos cœurs. A nous remémorer le plus souvent possible combien il tient à nous. A ne pas perdre de vue que nous sommes béni·e·s. Parce que Dieu veut que nous ayons la vie en abondance, et cette abondance, ce n’est pas de l’irrationnel, ce n’est pas faire comme si nous n’éprouvions plus le chagrin et la douleur. L’abondance ce n’est pas l’épanouissement dont nous parle le développement personnel. L’abondance de la vie, c’est cette confiance qui nous dit que Dieu est avec nous dans tout ce que nous traversons, et qu’il nous aide à cheminer, même si c’est petit pas après petit pas. L’abondance c’est vivre avec cette conscience que Dieu prend plaisir en nous, même quand nous ne prenons pas plaisir dans ce que nous vivons. Dieu veut nous relever. Mais Dieu ne nous bénit pas juste pour nous-mêmes. Il désire – si toutefois nous en sommes capables – que nous bénissions les autres. Nous avons reçu pour donner. 1 Pierre 4.10 dit : Que chacun de vous mette au service des autres le don particulier qu’il a reçu de Dieu. Et toute la Bible est pleine de cette recommandation : nous sommes encouragé·e·s à bénir. A faire du bien. A relever. A accompagner. A soutenir. A aimer.

Aujourd’hui, il est un peu compliqué d’être ensemble et de nous retrouver librement pour nous faire du bien. C’est compliqué, mais ce n’est pas impossible. Pour l’instant, nous pouvons nous retrouver le dimanche matin pour célébrer Dieu ensemble. Profitons-en ! Faisons-nous du bien en nous bénissant les uns, les unes, les autres ! En participant au rassemblement, vous vous tenez dans le réveil de la bénédiction. Parce que nous sommes ensemble, nous nous encourageons mutuellement à nous comporter en bon dispensateurs des diverses grâces de Dieu.

Je vous partage cette chanson de Julios Beaucarne, qu’une future pasteure à mobylette m’a fait connaître depuis la Belgique. Bonne écoute !


Comments (2)

  • Jean-Michel Ulmann

    31 janvier 2021 at 20:02

    Merci Lionel de nous poser je dirais même plus, imposer cette question. Qu’est-ce que je viens faire au temple?
    J’aime venir au temple, le dimanche matin pour ne rien faire. Je viens pour me laisser faire. Pour meaisser nourrir. Et me laisser porter par les soeurs et les frères qui m’entourent. Une bénédiction paresseuse.
    Il y a une alternative: ne pas me déplacer. Quand ça m’arrive -ça m’arrive- j’éprouve le sentiment d’avoir posé un lapin à Dieu Et d’avoir refusé l’invitation d’un ami.

  • Delphine

    31 janvier 2021 at 20:57

    C’est rigolo car sans le savoir, avant même d’avoir lu ton message, c’est exactement (ou presque) le sens de mon témoignage laisser sur ton mur Facebook 😊

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