En dehors des questions d’organisation de l’Église, c’est quoi la différence entre Catholiques et Protestants ? (Y. T.)

3 février 2021Lionel Thébaud
Illustration : photo de la pasteure Florence Blondon, Temple de l’Etoile (publié avec autorisation)

D’abord, il faut avouer qu’il y a beaucoup de différences (et pas seulement une). Mais d’une part, ces différences sont moins grandes et moins nombreuses aujourd’hui que lorsque la Réforme est apparue (au seizième siècle). Il faut aussi dire qu’en parlant de ces choses, je vais forcément caricaturer (ou simplifier), parce que la réalité est très diverse. Par exemple, on ne peut pas dire « les Catholiques pensent ceci » ou « les Protestant·e·s croient cela » : il y a une grande et belle diversité chez les êtres humains, et quand on regroupe des idées, on prend le risque d’effacer ce qui peut être original chez les minorités d’un groupe ou chez les individus. Donc je vais caricaturer, je l’assume, mais il ne faudrait pas croire que ce que je dis soit vraiment la réalité. Enfin, s’il existe des différences, il y a aussi de nombreux points communs, et la grande avancée du siècle dernier c’est ce que l’on appelle l’œcuménisme. C’est une volonté de dialogue et de rapprochement entre les différentes Églises, afin de trouver une expression commune de la foi chrétienne, et de mettre enfin un terme aux rancunes réciproques. Il y a encore du chemin à faire, mais c’est en bonne voie.

Pour répondre à ta question, je commencerai par parler du pape ! Pour les Catholiques, le pape est le chef de l’Église, il est un peu comme un super-pasteur, ou un pasteur en chef, pour toutes les personnes catholiques. A une époque, on disait que le pape ne se trompait jamais (on parle d’infaillibilité). Toujours est-il que chez les Protestant·e·s, il n’y a pas de hiérarchie dans l’Église. Disons que les Protestant·e·s reconnaissent l’autorité du pape sur les Catholiques, considèrent que les propos du pape peuvent être intéressants (le pape François est d’ailleurs, par beaucoup de côtés, très aimé des Protestant·e·s), mais n’accepteront pas que la parole d’une personne ait un pouvoir tel que tout le monde doive y obéir. Les Protestant·e·s ont la réputation d’avoir une culture contestataire et de vouloir avoir accès personnellement à la compréhension de la Bible. Aussi, Boileau disait que « tout protestant fut pape, une bible à la main ». Ce refus d’un tel pouvoir sur la vie des croyant·e·s est le fruit d’une compréhension différente de la manière dont s’exerce l’autorité. D’abord, le protestantisme place l’être humain seul face à Dieu, sans intermédiaire (d’où l’expression : « je préfère parler à Dieu qu’à ses saints »). Ce qui a pour conséquence d’accentuer la responsabilité personnelle. L’Église catholique a un fonctionnement hiérarchique, tandis que les Églises protestantes ont en général un fonctionnement collégial.

Chez les Catholiques, les prêtres sont consacrés : ça veut dire qu’ils reçoivent une autorité de type hiérarchique, qui évoque la mission qui a été confiée par le Christ aux apôtres, dans la continuité de la Tradition. Ainsi, ils rendent visible la présence du Christ comme chef de l’Église. C’est aussi pour ça que, dans leur conception, le prêtre ne peut pas être une femme. Mais chez les Protestant·e·s, si le Christ est aussi le chef de l’Église, les pasteur·e·s ne représentent pas le Christ. Les pasteur·e·s sont considéré·e·s comme les autres fidèles, sans logique de hiérarchie, bien qu’elles et ils aient des fonctions particulières, liées à leur appel. Le ministère est donc logiquement ouvert aux femmes comme aux hommes.





La Bible tient une place centrale dans la vie protestante. Les fidèles sont appelé·e·s à la lire régulièrement et à l’étudier, pour enrichir leur vie spirituelle, pour développer leur relation à Dieu, et pour entretenir leur relation aux autres. Il faut ici préciser que la lecture de la Bible a beaucoup diminué ces dernières décennies chez les Protestant·e·s, et qu’elle a augmenté chez les Catholiques. Liée à la lecture de la Bible, la prédication tient une place centrale dans le culte protestant. La prédication protestante ne gouverne pas les consciences des fidèles, mais éclaire sur le sens des Écritures. Alors que souvent, chez les Catholiques, c’est l’Eucharistie qui est le centre de la messe, et l’homélie sert de guide pour les consciences des fidèles.

L’Eucharistie, justement ! On l’appelle Sainte Cène en protestantisme. Pour la sensibilité réformée, la Cène est un moment qui fait mémoire (on se souvient de la mort du Christ) et qui symbolise la présence du Christ au milieu des croyant·e·s. Elle est généralement célébrée avec du pain et du fruit de la vigne (on dit : les éléments), qui sont les signes d’une parole et d’une présence divines. Pour la sensibilité luthérienne, les éléments portent en eux le corps et le sang du Christ (consubstantiation). Pour la sensibilité catholique, les éléments deviennent vrai corps et vrai sang du Christ (transsubstantiation). On le voit, la manière d’envisager l’Eucharistie diffère selon les sensibilités. Mais aujourd’hui encore, il est impossible de vivre ce moment de communion entre Catholiques et Protestant·e·s (officiellement du moins : des initiatives ont parfois lieu, mais qui sont assez compliquées à mettre en place, donc marginales). En effet, les Catholiques sont invité·e·s à participer à la Sainte Cène, mais celle-ci n’a pas de valeur pour la hiérarchie catholique, puisque la·le pasteur·e n’est pas consacré·e (elle·il n’a donc pas reçu l’autorité nécessaire pour faire de ce moment un « sacrement », autorité transmise dans la continuité apostolique). De plus, les Protestant·e·s ne sont pas invité·e·s à l’Eucharistie, et n’y sont généralement pas les bienvenu·e·s.

Les sacrements sont des signes communautaires qui rendent la foi visible. En catholicisme, il y en a 7 : le baptême, l’eucharistie, la confirmation, le mariage, la pénitence, le sacrement des malades et l’ordination des prêtres. Les Églises protestantes en ont retenu seulement 2, les seuls qui, selon le témoignage biblique, ont été vécus et institués par Jésus-Christ : le baptême et la sainte cène.

Un autre point important est ce qui arrive aux personnes qui sont mortes. Les Catholiques croient que les mort·e·s continuent de prier pour les vivant·e·s, et que l’on peut leur adresser nos prières pour augmenter les chances que Dieu y réponde favorablement. D’ailleurs, certain·e·s des personnes qui ont mené une vie jugée exemplaire deviennent des saint·e·s, ce qui leur confère un pouvoir de prière supérieur. Chez les Protestant·e·s, on considère d’une part que les personnes, lorsqu’elles meurent, rejoignent directement le cœur de Dieu. On considère d’autre part que les prières doivent s’adresser à Dieu seul, donc qu’il est inutile de s’adresser aux mort·e·s. La question des saint·e·s telle qu’elle est conçue en catholicisme n’a aucun sens en protestantisme, puisqu’il considère, prenant les écrits de Paul comme référence, que toute personne qui veut vivre dans la foi en Jésus-Christ est sainte. Avec cette question s’explique la relation que les Catholiques ont avec Marie, la mère de Jésus. Celle-ci est très vénérée, priée et parfois adorée en catholicisme, au point que des dogmes récents lui confèrent des attributs qui auparavant n’étaient conférés qu’à Jésus. Le protestantisme a beaucoup de respect pour Marie, mais la traite comme elle traite toutes les personnes défuntes : on ne communique par avec elles, parce qu’on croit que c’est tout simplement impossible et inutile. Dieu est le seul sujet des prières de ses fidèles.

Enfin, une autre différence visible du protestantisme se trouve dans la sobriété des lieux de culte. En effet, les églises catholiques sont chargées d’images (vitraux, statues, etc.), tandis que les églises protestantes et les temples sont moins chargés, allant de quelques vitraux et statues (églises luthériennes) à une absence totale d’image (à l’exception d’une croix nue, dans les temples).





Comme je l’ai noté au début de cet article, on pourrait dérouler et montrer beaucoup d’autres différences : les habits des ministres, la liturgie, les aspects théologiques… il y aurait évidemment beaucoup à dire, mais il faut noter que des différences parfois importantes existent aussi entre les différents mouvements protestants, tout comme il en existe dans les différentes communautés catholiques. Si savoir se repérer dans le paysage religieux est important, pour comprendre mais aussi pour savoir comment se situer personnellement, il faut aussi développer l’idée que catholicisme et protestantisme sont des courants du christianisme, et qu’il est nécessaire de travailler de manière à ce que nos différences (qui sont importantes et qu’il ne faut pas cacher) ne soient plus un obstacle au dialogue et à l’amitié fraternelle.



Comments (2)

  • Delphine

    3 février 2021 at 09:52

    Article éclairant et intéressant!! Merci

  • Jean-Michel Ulmann

    3 février 2021 at 17:28

    Merci Lionel pour cette mise au point claire et ouverte. Je la transmettrai à mes amis catholiques qui m’intérrogent. Elle constitue un excellent starter pour des échanges en connaissance de cause.
    Amitiés
    jmu

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